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Jeudi saint
4ème semaine de confinement

Les paroissiens de la Vallouise, de l'Argentière et de Rame unis dans la prière

Chers amis,

Quelques jours sont passés depuis que nous avons suivi Notre Seigneur entrant triomphalement dans Jérusalem. Les cris joyeux de la foule à laquelle nous nous sommes joints résonnent encore dans notre tête. Ces derniers temps, le Christ est monté au temple avec ses disciples, ils y ont prié, il y a enseigné. Tous les soirs, nous les avons vu redescendre par cette même route que nous avions empruntée, vers Béthanie où le Christ a choisi de s'établir en attendant la fête de Pâques.

C'est là que nous le retrouvons, entouré de ses apôtres. Ils sont assis sur une courte terrasse, profitant de l'ombre généreuse d'une vigne en treille. Et si nous nous approchons, nous pouvons les entendre. Il semble qu'ils discutent ensemble de la manière dont ils vont organiser la célébration des fêtes qui approchent. Depuis le jour où, sur les recommandations de Dieu, Moïse avait organisé la première pâque, le peuple élu guettait tous les ans dans le ciel le signe de son renouvellement. La mémoire de cette libération est demeurée si vive dans l'esprit du peuple juif qu'ils ne peuvent manquer de la fêter dignement.

Elle fonde leur espérance en des temps meilleurs. Et les troubles qui marquent cette époque ne peuvent que renforcer leur attente. Un jour, comme les prophètes l'ont annoncé, une Pâque renouvelée rendra au peuple d'Israël sa gloire de nation sainte, de peuple choisi. Ils l'ignorent encore mais ce jour arrive.

Aussi, est-ce avec passion que nous voyons les descendant d'Abraham s'empresser de régler les derniers détails de la préparation, les agneaux ont été retiré des champs, les épiciers ont rassemblé les herbes amères sur leurs étals. Dans les maisons, les grains de blés, rassemblés puis broyés, ont été mélangés à l'eau et nous sentons, sorti des fours, l'odeur des pains sans levain. Partout nous voyons les gens s'affairer, on passe de maison en maison emprunter ce qui manque et porter, à bout de bras, les cruches contenant l'eau et le vin nécessaires au rituel de la fête.

Près de la terrasse, nous entendons d'ailleurs les apôtres se préoccuper du lieu où, avec le Christ, ils célébreront Pâques. Et il est bien temps d'y réfléchir parce que, ce soir, la quatorzième lune va se lever. Cette même lune qui avait accompagné la libération du peuple hébreu de l'asservissante Égypte. Notre Seigneur prend alors la parole, nous l'entendons rassurer les apôtres, il n'est pas question, pour lui, de manquer quoi que ce soit du déroulement de ce repas rituel. Il se tourne vers deux des apôtres, d'un aspect robuste, le visage travaillé par le soleil, le regard acéré au-dessus d'une barbe abondante, ce doit être Pierre, l'autre, d'une stature plus douce, est jeune, ce doit être Jean. Il leur demande de remonter à Jérusalem, d'y trouver un homme portant une cruche, de le suivre à sa maison et d'y demander au maître des lieux où lui et ses apôtres pourront célébrer la Pâque. Les deux apôtres fixent leurs sandales et, prenant leur bâton de marche, se mettent en route.

Ne perdons pas de temps, suivons-les… Peut-être que nous pourrons ainsi dénouer les mystères de cette étrange organisation. À bonne distance derrière eux, nous les voyons entretenir une conversation animée. Sûrement, ils se demandent comment ils vont trouver cet homme à la cruche, si le maître de la maison acceptera de les recevoir au pied levé, s'il acceptera de préparer la salle à manger et le repas au dernier moment.

En entrant dans la ville, nous les voyons progresser, regardant vers la droite et vers la gauche, puis se fixant, ils emboitent le pas du premier homme, portant une cruche, rencontré. Après quelques détours dans le dédale des rues, ils s'arrêtent devant une haute maison, et après quelques instants, pénètrent à l'intérieur.

Nous les retrouvons dans une vaste salle au dallage de pierre et au toit vouté, au centre une grande table basse entourées de coussins. Après s'être entendu avec le maître de maison, ils l'aident à préparer le repas et la salle selon le rituel de la fête. On peut sentir dans leurs gestes, dans leur attitude, toute l'attention qu'ils y portent, chaque détail est minutieusement examiné, tout doit être parfait et prêt avant que le Christ ne les rejoigne. Cela nous rappelle la manière dont, encore aujourd'hui, nous prenons le temps pour parer nos maisons et nos tables afin d'y célébrer dignement la réception de nos familles et amis aux jours de fêtes. C'est une œuvre d'amour qui se développe sous nos yeux. Rien ne doit être bâclé ou négligé, chaque convive doit pouvoir trouver en même temps que l'honneur rendu à la fête, la paix et l'amitié qu'elle suscite.

C'est dans ce même esprit que nous préparons nos églises, le soin apporté à la préparation de la célébration doit rendre compte de l'honneur qui est dû à notre Dieu, de la solennité de sa venue dans l'eucharistie, et de l'amour qu'il veut nous donner. Et comme pour une grande réunion de famille, nous ne voulons prendre le risque ni de l'offenser par notre négligence, notre médiocrité ou notre avarice, ni d'offenser son peuple en ne lui permettant pas de le recevoir. Aussi à Dieu comme aux hommes doit être donné ce qui revient à chacun selon sa condition.

La dernière tâche pour parfaire cette préparation est en train de s'achever. Les deux apôtres changent de tenue afin de manifester par leurs atours le désir qu'ils ont d'accueillir le Christ et de célébrer dignement la Pâque. Cela aussi, pour exprimer extérieurement le désir intérieur qu'ils ont de mériter ce à quoi ils vont assister.

Le soir tombe dehors et nous voyons la lune se lever, bien ronde, bien claire. Il est temps. Aux coups martelés contre la porte d'entrée répondent les pas de saint Pierre qui descend ouvrir. Les convives sont arrivés, la célébration peut commencer.

Tout dans cette pièce nous rappelle la solennité de la fête qui commence et nous sommes plongés avec les convives dans cette atmosphère particulière qui nous rend graves et joyeux. Nous renouvelons avec le Christ et les apôtres la mémoire de jadis. De ce temps où nos pères se détachaient des liens qui les retenaient au mauvais pharaon. Chaque parole, chaque geste est mesuré et exprime la réserve qu'en un tel moment on se doit d'y apporter.

Au cours du repas, le Christ fait un geste au maître de maison. C'est un signal puisque nous voyons ce dernier plonger dans les entrailles de la maison et en remonter avec un bassin et son aiguière. Le Christ se lève et ceignant autour de ses reins le tablier qu'on lui tend, il propose aux apôtres de se tourner vers lui. Se baissant devant chacun, il verse sur leurs pieds poussiéreux l'eau de l'aiguière qu'il essuie ensuite de son tablier. Nous ne sommes pas les seuls surpris de ce geste. Les apôtres se laissent faire avec étonnement, certains n'avancent que timidement leur pied vers l'eau jaillissant des mains du Christ.

Cet honneur n'est pas digne de nous, pensent-ils, nous ne le méritons pas. Ne serait-ce pas à nous d'offrir au Christ nos mains et notre eau ? C'est à un bel exercice d'humilité que se plient les apôtres incertains. Leur orgueil ne leur commande-t-il pas de ne pas se laisser faire ? Un regard plein d'amour du Christ leur donne confiance, lui sait ce qu'il fait. Seul Pierre osera exprimer publiquement ce que d'autres ne pouvaient s'empêcher de penser. Non pas à moi Seigneur ! Épargne-moi cette humiliation ridicule !

Combien de fois, nous aussi, nous sommes-nous laissés entrainer dans de pareilles pensées ! Combien de fois, avons-nous repoussé l'expressif et pourtant humble témoignage de l'affection ou de la reconnaissance que nous avions mérités ? Le Seigneur qui lave les pieds de Juda ne nous montre-t-il pas que tous nous pouvons recevoir un acte d'amour ? Ne sommes-nous pas tous appelés à vivre de cet amour ? D'autant plus, comme c'est le cas maintenant, lorsque cet acte est posé gratuitement, non pas dans le désir de plaire ou de séduire, mais bien plutôt comme un appel à recevoir et persévérer dans l'amour. Cet acte nous met à nu, il nous dévoile aux autres comme il nous révèle à nous-même.

Et Pierre, quand il l'aura compris, demandera encore davantage que ce que lui offre le Seigneur. Le Christ modère cet enthousiasme nouveau, les pieds qui nous conduisent sur son chemin sauront, s'ils sont purs, échapper aux embûches et préserveront le corps tout entier.

Ayant fait le tour de ses apôtres, après avoir remis son tablier, le Seigneur reprend sa place. Son visage devient plus grave encore, au point que ses apôtres le considèrent avec inquiétude. Tous ne sont pas purs, vient-il de dire. Pourtant, le Christ ne vient-il pas de dire que les pieds purifiés les avaient tous restaurés ? L'un d'eux va trahir, ses pieds s'égarent de nouveaux, insensibles aux mains du Christ. La souffrance du Christ devient perceptible sur son visage, dans le ton de sa voix.

S'adressant à Juda, il le renvoie en disant : « ce que tu as à faire, fais-le vite ». Les apôtres ne comprennent pas, ils ne connaissent pas les noirs desseins de leur compagnon, ils n'ont pas perçu le vers de la cupidité qui rongeait son cœur. Comment auraient-ils pu se douter ? Ils lui faisaient confiance. Ils l'aimaient. Ils le regardent partir sans se douter encore de ce qu'il va accomplir, s'ils pensent qu'il pouvait être le traitre, ils n'en sont pas sûrs et s'interrogent encore pour eux-mêmes.

Le ton est donné, la gravité et la souffrance du Christ accrues par le départ de Juda imprègnent désormais tous les apôtres. Le Sacrifice a commencé, seul le Christ le sait.
À table, il prend le pain, le bénit et le coupe pour en donner à chacun des apôtres encore présents. « Ceci est mon corps ». Les apôtres ne savent trop ni que penser ni quoi faire de ce pain reçu. « Prenez et mangez en tous ». Ils le consomment donc. De même, à la fin du repas, Notre Seigneur, ayant saisi une coupe, la bénie et la fait passer à ses disciples. « Sang de l'alliance nouvelle et éternelle versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés ». Le Sacrifice est commencé, ces paroles consacrent à jamais l'alliance nouvelle et éternelle. Ce geste est désormais intiment lié à l'offrande du corps et du sang du Christ qui s'accomplira demain sur le bois de la Croix. C'est la nouvelle Pâque, celle qui a commencé il y a quelques heures avec la nouvelle lune et qui s'accomplira bientôt. Ce n'est plus un repas que nous partageons avec le Christ, c'est le sacrifice de son corps et de son sang que nous recevons pour toujours. Le repas est clos, l'agneau des Hébreux est devenu le Christ. Ce n'est plus une substance nourrissante pour le corps telle que nous en prenons au cours de nos repas, c'est une substance nourrissante pour l'âme telle que née du sacrifice du Christ pour chacun de nous.

Devant nos yeux s'accomplit le mystère de notre foi, celui dans lequel nous sommes plongés à notre baptême. Respectueusement nous pouvons dans notre cœur faire jaillir un acte de foi profond. Oui Seigneur, je crois que tu es présent en corps, en esprit, en divinité, caché sous les apparences du pain et du vin. Respectueusement nous pouvons cultiver le désir de le recevoir dans la communion qu'il nous laisse en héritage. Respectueusement nous devons le recevoir dans notre corps, non pas comme une vulgaire nourriture, mais comme l'aliment qui nous rassasie éternellement. Chaque parcelle de cet aliment le reçoit tout entier et nous devons corriger l'esprit qui les considèreraient comme insignifiantes au nom de l'infini majesté que chacune contient en elle-même.

« Faites-ci en mémoire de moi ». Le Christ s'adresse à ses apôtres et leur confie la mission de perpétuer ce sacrifice pour tous les âges du monde à venir. Nous lisons bien sur leur visage que, comme souvent, ils ne comprennent pas encore ce que le christ leur lègue. Après la résurrection, Notre Seigneur finira de les enseigner ; à la Pentecôte, le Saint Esprit éclairera toutes ces paroles, mais à présent, ils ont fini de réciter les psaumes du rituel, et le Christ leur propose de sortir. Tous ne vont pas l'accompagner, certains resteront pour ranger, pour purifier la vaisselle. Les autres suivront le Christ, sortant de la ville vers Gethsémani, au jardin des Oliviers, souvenez-vous, un de ces jardins renaissant de l'hiver au bord de la route que nous empruntions dimanche dernier.

Arrivés au cœur de ce jardin, les apôtres s'installent aux pieds des Oliviers, à quoi peuvent-ils s'attendre ? La soirée avait été spéciale, peut-être maintenant pourraient-ils goûter un peu de répit. Ce n'est pas l'avis du Christ qui les encourage à veiller et à prier. L'Église naissante est appelée à soutenir le Sauveur au moment où le salut s'accomplit. Lui, à genoux, en prières subit déjà dans tout son corps des épreuves qu'il va traverser. Est-ce bien la peine de souffrir ? N'y a-t-il pas d'autres moyens ? Peut-on échapper à la violence de la réparation née de la violence du péché ? Oui, répond le Christ, j'accepte cette épreuve, je l'accepte librement, par amour pour chacun. Pourtant, la petite Église se montrera faible et endormie alors que se joue à quelques pas le drame du sacrifice qui se poursuit. Plusieurs fois le Christ est revenu les encourager, chaque fois les apôtres ont défailli.

Ce qui va les réveiller, ce sont ces bruits de pas et cliquetis des armes qui commencent à monter. D'en haut, ils observent les torches qui dissipent mal le peu d'obscurité d'une nuit éclairée par la pleine lune. Judas est à leur tête et l'incompréhension se lit sur le visage des apôtres, la douleur même. Ainsi était-ce bien lui. Le Christ les rejoint. Qui cherche-t-il ? Le Christ le sait bien, lui qui sonde les reins et les cœurs, mais il faut qu'ils le disent, il est encore temps de renoncer à ce projet fou, de l'arrêter. D'autres pourront se charger de l'arrêter si, revenant à la raison, l'un de ces gardes renonçait au mal qu'ils vont accomplir. Tout comme nous lorsque, face à une mauvaise tentation, nous pouvons encore y renoncer, choisir de ne pas l'accomplir.

Tous vont se saisir de lui après le baiser du traitre. Ce baiser aurait pu le guérir, comme auparavant de nombreux infirmes touchant la robe du Christ, mais le cœur de Juda est si dur, si refermé qu'il ne saisit pas la grâce que vient de lui faire le Christ en se laissant toucher. Son sort sera terrible à cause du désespoir. Le Christ lui aurait pardonné, mais il s'est tenu à la porte de l'église en disant qu'il avait fait désormais trop de mal pour pouvoir être racheté.

Pierre sort son arme, il n'est pas pensable de laisser le Christ sans rien tenter, sans rien faire. L'oreille de Malchus tombe à terre. Le Christ la ramasse, il la recolle. On ne répond pas au mal par le mal, nous enseigne-t-il. Et acceptant sa nouvelle condition, il se laisse emmener par les gardes, laissant là les apôtres et Malchus désormais guérit.

Les apôtres n'ont plus sommeil, le temps n'est plus au repos mais à la veille. Nous aussi, veillons avec eux, notre esprit ce soir est encore abasourdi par ce qui vient de se passer. Ne nous laissons pas endormir sans avoir pris le temps de veiller avec eux, avec le Christ. Notre salut va se jouer, nous devons en prendre notre part. Allons, nous dit le Christ, allons car le temps approche où le Fils de l'homme va accomplir ce qu'aucun autre ne peut accomplir.

 

Nous accompagnons de nos prières tous ceux qui ne négligent aucun effort pour nous permettre de sortir de cette crise, participons, nous aussi, à cette lutte de toutes nos forces. Prions pour ceux qui sont morts éloignés de leur famille, de leurs amis. Prions pour ceux qui combattent dans leur corps ce terrible fléau. Prions pour ceux qui trouvent le confinement difficile à supporter.

Abbé Edouard Le Conte

 

 

Nous prions particulièrement pour Liliane, de l'Argentière, qui se défend contre la maladie à l'hôpital de Gap.

 

 

Chante, ô ma langue, le mystère
De ce corps très glorieux
Et de ce sang si précieux
Que le Roi de nations
Issu d'une noble lignée
Versa pour le prix de ce monde Fils d'une mère toujours vierge
Né pour nous, à nous donné,
Et dans ce monde ayant vécu,
Verbe en semence semé,
Il conclut son temps d'ici-bas
Par une action incomparable :
La nuit de la dernière Cène,
À table avec ses amis,
Ayant pleinement observé
La Pâque selon la loi,
De ses propres mains il s'offrit
En nourriture aux douze Apôtres.

Le Verbe fait chair, par son verbe,
Fait de sa chair le vrai pain;
Le sang du Christ devient boisson;
Nos sens étant limités,
C'est la foi seule qui suffit
pour affermir les cœurs sincères.

Il est si grand, ce sacrement !
Adorons-le, prosternés.
Que s'effacent les anciens rites
Devant le culte nouveau !
Que la foi vienne suppléer
Aux faiblesses de nos sens !

Au Père et au Fils qu'il engendre
Louange et joie débordante,
Salut, honneur, toute-puissance
Et toujours bénédiction !
À l'Esprit qui des deux procède
soit rendue même louange. Amen.

 

ND

Notre-Dame de Beassac

 

Avec ferveur, demandons à la Reine du Ciel de nous ouvrir le cœur de son Fils :

Ô Marie, tu brilles toujours sur notre chemin
comme un signe de salut et d'espoir.
Nous nous confions à toi, santé des malades,
qui auprès de la croix, a été associée à la douleur de Jésus.

En restant ferme dans la foi, toi, refuge des pécheurs,
tu sais de quoi nous avons besoin
et nous sommes sûrs que tu y pourvoiras pour que,
comme à Cana, la joie et la fête reviennent après cette épreuve.

Aide-nous, Vierge du Laus, à nous conformer à la volonté du Père
et à faire ce que nous dira Jésus,
qui a pris sur lui nos souffrances et s'est chargé de nos douleurs
pour nous conduire, à travers la croix, à la joie de la résurrection.
Amen

D'après une prière du pape François contre l'épidémie

Sous ta protection, nous trouvons refuge, Sainte Mère de Dieu.
Ne refuse pas la prière de tes enfants dans l'épreuve,
mais délivre-nous de tout danger.
Ô Vierge glorieuse et bénie.

 

 

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