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Genèse - chapitres 8 & 9 – réunion du 24 août 2017 (préparation)
Chapitre 8
Versets 1 à 19 - Les premiers mots de ce chapitre (« Dieu se souvint » et « son souffle ») sont fortement chargés de sens. Ils évoquent la sollicitude porteuse de vie que Dieu manifeste à l'égard d'une communauté humaine (ici Noé et sa famille) ainsi qu'à l'égard des animaux qui accompagnent Noé dans l'arche. Après les quarante jours et quarante nuits de déluge porteurs de mort universelle, le « souffle de Dieu » apporte le calme et met fin au déversement des eaux. Le texte reprend ici les images familières à l'époque et déjà utilisées au premier chapitre pour décrire les masses d'eau qui entourent le ciel et le terre : « Les réservoirs de l'Abîme se fermèrent ainsi que les ouvertures du ciel (Vs 2) »
Le retrait des eaux se fait très lentement : 150 jours (soit cinq mois) pour que les eaux « diminuent » et encore deux mois pour que l'arche se pose sur le mont Ararat. (Cet ancien volcan, d'une altitude de 5137 m, est un des plus hauts sommets du Proche Orient. Aujourd'hui en territoire turc, au nord de l'Anatolie, visible par temps clair depuis la capitale arménienne Erevan, il porte la nostalgie des arméniens qui ont perdu leur montagne emblématique depuis le génocide de 1915. Son nom serait dérivé de Urartu, antique civilisation ancêtre de la civilisation arménienne.) Trois mois supplémentaires sont encore nécessaires pour que les cimes des autres montagnes apparaissent. Noé attend encore 40 jours pour ouvrir l'arche et envoyer la colombe en reconnaissance, laquelle revient à la deuxième tentative avec un rameau d'olivier dans le bec, signe que « les eaux avaient baissé sur la terre (Vs 11) ».
Ainsi il s'est écoulé un  an et dix jours (du 17.2 au 27.2 de l'année suivante selon Gn 7,11 et 8,14) entre le début du déluge et le rétablissement de la terre. Tout comme le déluge lui-même, ces longues durées énoncées avec force détails par le texte biblique ne correspondent évidemment à aucune réalité historique. Ne faut-il pas y voir le message symbolique que le courroux divin, même s'il n'est pas totalement dévastateur, a un  effet durable sur l'existence humaine ?? Pour finir, ce n'est pas Noé qui prend l'initiative de quitter l'arche bien qu'il ait constaté la décrue des eaux, mais c'est Dieu en personne qui, une nouvelle fois intervient et s'adresse à Noé pour lui signifier que l'épreuve est finie et qu'il peut sortir de l'arche avec sa famille et tous les animaux, afin « qu'ils soient féconds et prolifiques sur la terre (Vs 17) ». La vie peut reprendre son cours.
Versets 20 à 22 – Noé manifeste sa reconnaissance d'avoir été épargné en offrant à Dieu un individu de chacun des animaux purs (il y en avait sept de chaque espèce dans l'arche..). A la différence des sacrifices pratiqués par les païens à l'époque de la rédaction de la Bible, Noé ne consomme rien des animaux sacrifiés, l'holocauste étant l'immolation complète de l'animal par le feu, pratique qui va perdurer ensuite dans le Temple de Jérusalem. Cette manifestation sans réserve de la reconnaissance de Noé trouve grâce auprès de Dieu qui exprime sa satisfaction de façon très imagée (Il respire « le parfum apaisant » de l'holocauste). Mais surtout, malgré la perversité de l'homme, Dieu s'engage en lui-même à ne plus jamais maudire le sol ni frapper tous les vivants, ce qui est suivi d'un petit poème célébrant la permanence des lois de la nature.
Chapitre 9
Versets 1 à 7 –  Dieu va même plus loin que de s'abstenir de nouvelles dévastations : Il « bénit Noé et ses fils ». Le verbe « bénir » est très fort, surtout lorsqu'il se réfère à une intervention divine. La bénédiction de Dieu va bien au delà du simple salut car elle comporte le don gratuit de la vie. Elle dit et apporte ce qui est bon pour celui qui la reçoit. Y pensons nous lorsque nous recevons la bénédiction en conclusion de l'Eucharistie : « Que Dieu tout puissant vous bénisse ». Ayant béni Noé et ses fils (à noter que leurs femmes sont ignorées...), Dieu établit leur suprématie sur toute les créatures terrestres, jusqu'à permettre qu'elles servent de nourriture aux hommes. Ce qui constitue une nouveauté majeure par rapport aux premières prescriptions données à Adam et Eve qui ne pouvaient, ainsi que toutes les bêtes, se nourrir que d'herbes et de fruits (cf. Gn 1,29-30). La seule restriction à cette consommation animale est de « ne pas manger la chair avec sa vie, c'est-à-dire son sang (Vs 4) ».  En effet, le sang est le signe même de la vie, qui est l'apanage suprême de Dieu, et ne doit pas, de ce fait, être consommé par l'homme. Cette prescription biblique reste de nos jours strictement suivie par la tradition juive qui impose que toute bête abattue en vue de la consommation humaine doit être soigneusement vidée de son sang et donc égorgée. Les musulmans ont également adopté cette prescription.
Versets 8 à 17 – Pour parfaire l'expression de sa satisfaction, Dieu établit une alliance avec Noé et sa descendance, c'est-à-dire toute l'humanité, ainsi qu'avec « toute chair qui est sur la terre ». Alliance qu'il manifeste par l'apparition d'un arc en ciel et qui confirme avec solennité sa promesse que « plus aucune chair ne sera exterminée par le déluge ». Chaque fois qu'un arc en ciel apparaîtra dans les nuages, Dieu se « souviendra » de  cette alliance éternelle, avec le sens très fort de sollicitude déjà évoqué de ce verbe.
Versets 18 à 28 – Ces quelques versets sont d'interprétation difficile. Alors que Caïn était l'initiateur de l'agriculture (Gn. 4,2), on nous présente ici Noé comme l'initiateur de la viticulture et de la vinification. Cham, le plus jeune des fils de Noé découvre la nudité de son père, qui gît ivre sous sa tente. Cette expression « découvrir la nudité » est employée dans la Bible pour désigner des relatons sexuelles illicites. Le chapitre 18 du Lévitique fait une longue énumération de ces relations illicites. On peut donc en conclure que Cham aurait profité de l'ivresse de son père pour le violer. Ce qui expliquerait la fureur de Noé lorsqu'il en est informé par ses deux autres fils. Mais pourquoi Noé maudit-il Canaan alors que c'est son père qui est l'auteur du forfait ? Faut-il y voir la justification de l'opinion négative, voire méprisante, des juifs à l'égard de la population urbaine et commerçante, non juive, de la région de Canaan en bordure de mer ? On retrouvera cette attitude des juifs à l'égard des cananéens dans les Évangiles avec l'épisode de Jésus sollicité par une cananéenne (Mt 15,21-28), qui le prie de guérir sa fille, épisode que nous avons lu lors de la messe de dimanche dernier. Après avoir ignoré ses supplications, Jésus va même lui répondre d'une façon choquante de prime abord : « Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens » avant de reconnaître la vigueur de sa foi et d 'accéder à sa demande.

 

QUELQUES  REMARQUES  FORMULÉES  EN  RÉUNION

Chapitre 8
Versets 1 à 19 – L'épopée de Noé dans son arche est une belle histoire qui enchante les enfants par ses nombreux rebondissements. Mais elle porte surtout un message de fond sur les relations entre Dieu et l'humanité, personnifiée par Noé et sa famille. Ce message est porté, entre autres, par la symbolique des nombres abondamment présents dans ce texte, symbolique qui, de nos jours, nous est peu familière. On relève cependant le nombre 7, cité quatre fois, signe de perfection et de spiritualité, ou le nombre 40 qui symbolise l'attente, l'épreuve. Cette profusion de nombres est également perçue comme évoquant la finitude de l'homme face à Dieu, à l'éternité et à l'univers créé.
Par son souffle, autrement dit son Esprit Saint, Dieu apporte le calme et la régénération après le désastre destructeur du Déluge. Noé est appelé à participer à cette régénération de l'humanité lorsque Dieu, en le faisant sortir de l'arche, lui prescrit d'être fécond et prolifique. A noter que cette nouvelle ère commence le premier jour du premier mois de l'an six cent un de la vie de Noé, c'est-à-dire au tout début de son 7ème siècle. A rapprocher également du 7ème jour de la création (Gn 2,2), béni par Dieu et à partir duquel la création s'est déployée. La symbolique est forte !!
Les deux oiseaux que Noé envoie en reconnaissance sont, eux aussi, porteurs de symboles forts. Alors que le noir corbeau se contente d'aller et venir « jusqu'à ce que les eaux découvrent la terre », la blanche colombe, symbole de paix et d'innocence, se montre active. A la deuxième sortie de l'arche, elle rapporte un rameau d'olivier pour attester la décrue des eaux puis, à la troisième sortie, elle ne revient pas, comme pour signifier à Noé que les terres sont suffisamment découvertes pour pouvoir y vivre.
Versets 20 à 22 – Le Seigneur ne se fait pas d'illusion sur l'état de méchanceté de l'homme, confirmant ainsi son constat (cf. Vs 6,5) qui l'avait décidé à dévaster la surface de la terre par le Déluge. Mais cette fois, en reconnaissance de l'offrande de Noé, figure symbolique de l'humanité qui entre dans le pacte qu'Il veut construire avec elle, Dieu manifeste sa sollicitude et s'engage à ne plus frapper les hommes et à maintenir la permanence des lois de la nature (c'est tout le sens du poème du Vs 22 !...).
Chapitre 9
Versets 1 à 7 – Dieu établit l'homme maître de la création, l'autorisant même à se nourrir de la chair des autres animaux en complément du régime strictement végétarien prescrit à Adam et Eve (Vs 1,29), mais en plus de l'interdiction de consommer le sang, signe de vie, il lui est interdit de verser le sang de l'homme : « Qui verse le sang de l'homme, par l'homme verra son sang versé ; car à l'image de Dieu, Dieu a fait l'homme (Vs 6) ».
Ce verset est très lourd de sens ! Outre le fait qu'on peut y voir l'ébauche de la loi du talion (« Ne fais pas à autrui plus de mal qu'il ne t'a fait ! »), il confirme la place spécifique de l'homme dans la création car Dieu a fait l'homme a son image. En filigrane, c'est une vision eschatologique qui apparaît, l'homme, image de Dieu, possède comme Lui, une dimension d'éternité et de divinité qui le dépasse et qui se retrouve par delà la mort.
De même que Dieu demandera compte à l'homme pour le sang versé, on peut étendre cette perspective à l'ensemble du monde. Dans la vision écologique moderne, nous aurons à rendre compte de ce que nous aurons fait de la création qui nous a été confiée : l'aurons-nous « cultivée » en bon jardinier ou l'aurons-nous exploitée sans considération pour les autres peuples, pour les générations à venir et pour les autres créatures.
Versets 8 à 17 – Le sens humain de l'alliance est d'être un pacte entre deux parties (deux personnes, deux communautés, etc..) comportant un engagement mutuel d'accompagnement. Ici, Dieu transcende ce sens commun en ne demandant rien en contrepartie de son engagement que « il n'y aura plus de Déluge pour ravager la terre (Vs 12 ». L'arc en ciel est le signe par lequel Dieu se souviendra de l'alliance perpétuelle entre Lui et tout être vivant (Vs 16). Mais c'est aussi, par sa beauté et sa majesté, le signe par lequel l'homme est appelé à contempler la magnificence de l'œuvre de Dieu et à se mettre en Sa présence. Il en est de même lorsqu'on s'arrête pour admirer un beau paysage, par exemple de montagne comme nous en avons tant par chez nous !!..
Versets 18 à 28 – Dans l'épisode de Jésus avec la cananéenne (Mt 15, 21-28), on justifie parfois l'attitude abrupte de Jésus en suggérant qu'il aurait cherché à provoquer cette femme dans l'expression de sa foi. Mais ne serait-ce pas plutôt que Jésus, fils de Dieu, certes, mais aussi vrai homme, aurait réagi spontanément en homme juif de son temps, refusant toute relation avec ces habitants d'un pays honnis, une femme de surcroît ? Mais, à la différence du commun de ses contemporains, Jésus se laisse convertir par la foi vive de son interlocutrice et libère à distance sa fille du mal qui la tourmentait. Invitation toujours d'actualité de ne pas s'arrêter aux préjugés qui peuvent circuler sur les personnes ou groupes de personnes qui nous interpellent, comme les flots de migrants qui arrivent chez nous.....

 

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