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Genèse - chapitres 10, 11 & 12 – réunion du 21 septembre 2017 (préparation)
Chapitre 10 – La « table des peuples »  - Après la dévastation du Déluge, qui avait éliminé toute présence humaine de la terre, Dieu avait dit à Noé et ses fils, Sem, Cham et Japhet : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre (Gn. 9,1) ». Sous une forme éminemment symbolique, tout ce chapitre a pour objectif d'expliquer comment les trois fils de Noé ont donné naissance à l'ensemble des peuples alors connus. Les exégètes se sont employés à rapprocher les noms des descendants de Noé des diverses et nombreuses populations du Moyen Orient de cette époque . C'est ainsi que les Mèdes (nord-ouest de la Perse) seraient issus de Madaï ou que les grecs d'Ionie (extrême ouest de l'Asie Mineure) descendraient de Yavân. Ou, encore, les philistins et les assyriens, avec les puissantes villes de Babel et Ninive, seraient les descendants de Nemrod, un des petits-fils de Cham.
A deux reprises (Vs 10,20 et 10,31), l'auteur conclut l'énumération des fils de Cham puis de Sem « selon leurs clans et leurs langues, groupés en pays et nations ». Si la constitution de clans, pays et nations peut se comprendre par des conflits entre frères, à l'instar de l'histoire tragique de Caïn et Abel, on reste surpris par la naissance aussi rapide de langages différents, dès la deuxième ou troisième génération. Serait-ce une façon, toujours dans le registre des symboles, de traduire le constat des conflits récurrents entre frères, à la façon dont on dit qu'ils n'arrivent plus à s'entendre, que le dialogue n'est plus possible entre eux ?
Chapitre 11 
Versets 1 à 9 – La tour de Babel - Le premier verset (« La terre entière se servait de la même langue et des mêmes mots ») contredit les deux versets du chapitre précédent mentionnés ci-dessus. Manifestation, s'il en était besoin, que la Bible fut rédigée par des auteurs multiples, à des époques différentes. Après l'insertion du chapitre 10, le récit reprend la narration de l'occupation de la terre par les hommes. Parvenus au Pays de Shinéar (de nos jours, la Mésopotamie, étymologiquement en grec le pays entre les deux fleuves Tigre et Euphrate), ils éprouvent le besoin de se construire des habitations mais les pierres manquent dans ce plat pays et alluvionnaire. Le texte biblique se réfère ici à une réalité historique. En effet, la présence humaine est attestée dans la région dès le septième millénaire av. J.C. et on y trouve les première concentrations urbaines avec l'utilisation de briques, non pas cuites au four, mais séchées au soleil. C'est dans cette région qu'on trouve également les premières traces d'écriture. L'auteur biblique semble nous dire que ces performances tournent la tête des hommes qui veulent alors « toucher le ciel » par leurs tours, les fameuses ziggourats, et se « faire un nom », avoir autorité et renom sur l'univers. En d'autres termes, ils veulent se rapprocher du monde divin, être tout puissants. On retrouve ici la même prétention que celle suscitée par le serpent auprès d'Adam et Eve. Inacceptable pour Dieu qui brise cette volonté d'unité en brouillant le langage des hommes, leur moyen de communication, et en les dispersant sur la terre. De nouveau, le texte biblique, par delà la narration d'apparence historique, fait preuve  d'une fine analyse de la psychologie humaine.
Versets 10 à 32 – De Sem à Abram - Le texte reprend la généalogie des fils de Sem, le fils aîné de Noé, déjà présentée au chapitre 10 (Vs 21 à 30). Mais celle-ci en diffère en s'intéressant à la descendance de l'aîné des arrières petits-fils de Sem, Peleg, alors que la précédente suivait celle de son frère cadet, Yoktân. Cette généalogie aboutit à la naissance d'Abram, dont le nom sera plus tard modifié en Abraham. Le détail de cette généalogie permet de relever qu'Abram est la 12ème génération après Noé,  ce qui pourrait signifier, suivant la symbolique des nombres que la Bible utilise souvent, qu'Abram représente l'aboutissement de la descendance de Noé, à rapprocher du sens hébraïque d'Abram : « père élevé ». Pour des raisons non précisées, Térah, le père d'Abram, emmène toute sa famille pour quitter leur pays d'origine, Our en Chaldée, près du confluent du Tigre et de l'Euphrate, et gagner la grande ville commerçante de Harrân, tout au nord de la Mésopotamie, aujourd'hui en Anatolie, près de la frontière syrienne. Cela représente un périple d'environ 1 000 km, entre deux et trois mois de marche.
Alors que les diverses généalogies ne citaient que des noms masculins, Saraï, l'épouse d'Abram est la première femme à être nommée, parallèlement avec l'épouse du frère d'Abram. Cette première apparition féminine dans une généalogie est accompagnée curieusement de la précision qu'elle était stérile, ne pouvant donc pas prendre part à cette généalogie.
Chapitre 12
Versets 1 à 5 – La vocation d'Abram - Alors qu'il n'est rien dit qui puisse distinguer Abram des autres hommes, Dieu lui promet un destin d'exception, semblable à celui d'un roi prestigieux. C'est le sens symbolique de l'annonce : « Je rendrai grand ton nom (Vs 2) ». Sur cette seule promesse, Abram quitte Harrân pour aller au pays de Canaan. Ce qui fera de lui le modèle des croyants auprès des trois religions monothéistes des temps modernes. Notons au passage qu'Abram prend avec lui son neveu orphelin Loth, selon une pratique toujours en vigueur en Orient, l'oncle prenant la place du père défunt.
Versets 6 à 20 – Abram en Canaan et en Égypte – Le fait qu'Abram élève des autels en divers endroits du pays où il vient d'arriver manifeste à la fois sa reconnaissance envers Dieu et la prise de possession du territoire, ce qu'il ne fera pas au pays d'Égypte où lui et sa famille sont poussés par la famine. Prévoyant que la beauté de sa femme attirera la convoitise de Pharaon, Abram assure sa sécurité en usant d'un subterfuge, faire passer Saraï pour sa sœur, autorisant ainsi Pharaon à la prendre « dans sa maison ». Bien qu'ayant agi de bonne foi, Pharaon est châtié pour avoir pris pour épouse la femme d'un autre, les « grands maux » mentionnés au Vs. 17 se référant aux dix plaies d'Égypte décrites en détail  au Livre de l'Exode (chapitres 7 à 11).  

QUELQUES  REMARQUES  FORMULÉES  EN  RÉUNION  OU  PAR  COURRIEL
Chapitre 10
Parmi les descendants de Noé, on relève que Sem est le père des sémites (juifs et arabes). Selon une note de la TOB, Japhet serait l'ancêtre de la Perse.
On relève que la diversification des langues n'est pas compréhensible aussi rapidement entre membres d'une même famille. C'est effectivement ce qui ressort d'une lecture au premier degré, au pied de la lettre, lecture dont il faut évidemment se garder, surtout avec ces textes hautement symboliques que sont ces récits de la Genèse. Une nouvelle fois, ce texte biblique donne une bonne image de la psychologie humaine, individuelle ou en société. Il nous dit que les conflits entre frères peuvent conduire à une incompréhension totale.
Chapitre 11
Versets 1 à 9 – Le fait que les hommes aient un même langage et s'entendent à construire ensemble leurs lieux de vie est a priori une bonne chose. Comment Dieu peut-il condamner une telle solidarité ?? En l'occurrence, derrière ces initiatives positives au premier regard, se cache la prétention des hommes de se faire semblables aux dieux dans leur volonté de « toucher le ciel », par définition demeure des dieux, et de « se faire un nom », expression de notoriété et de puissance. On est en pleine manifestation d'orgueil, le premier des péchés qui sera dénoncé tout au long de la Bible, jusqu'aux Évangiles.
Force est de constater qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, les manifestations d'orgueil des hommes restant hélas largement d'actualité, renforcées encore par les progrès de la technologie qui donnent à l'homme l'illusion d'avoir toujours plus de prise sur la nature, y compris la nature humaine.
Versets 10 à 32 – A la différence des premiers patriarches, tels que présentés au chapitre 5, qui vivaient jusqu'à près de mille ans, dont Adam qui vécut 930 ans ou Noé qui engendra ses fils à 500 ans et mourut à 950 ans, les descendants de Sem jusqu'à Abram ne vivent guère plus de 200 ans.
Chapitre 12
Versets 1 à 5 – Alors que rien ne distingue Abram des autres hommes, il est choisi par Dieu pour se voir offrir un destin prestigieux mais aussi et surtout pour accomplir une mission d'intercesseur entre Dieu et les hommes (« Je bénirai ceux qui te béniront, qui te bafouera je le maudirai ; en toi seront bénies toutes les familles de la terre (Vs12,3) »). Il est rappelé (cf. commentaires du chapitre 9) que le verbe « bénir » a un sens très fort, d'autant plus lorsqu'il est employé par Dieu lui-même. Dieu est totalement souverain dans ses décisions et donc dans son choix d'appeler Abram !! Si ce n'est peut-être qu'il a remarqué son obéissance envers celui qui est à ses yeux le détenteur de l'autorité, à savoir son père Térah, lorsque celui-ci décide de quitter Our pour Harrân, 1 000 km plus loin. Abram répond de suite, sans tergiverser. Attitude semblable à celle de Marie devant l'annonce de l'ange Gabriel et qui lui donnera vocation, à l'instar d'Abram, d'intercéder pour l'humanité.
Versets 6 à 20 – A l'entrée d'Abram en Canaan, Dieu lui fait cette promesse « C'est à ta descendance que je donnerai ce pays », ce qui ne semble pas surprendre Abram qui ne peut pourtant pas avoir de descendance puisque son épouse Saraï est stérile et qu'il n'a pas d'autre épouse. Abram ne se pose pas de question et fait confiance à Dieu comme il lui a fait confiance en quittant Harrân.
Au manque de foi, ou de manifestation d'orgueil, des personnages du cycle des origines (chapitres 1 à 11), s'oppose la foi d'Abram qui accepte de fonder sa vie sur la seule parole de Dieu. En conclusion, les récits du cycle des origines illustrent les conséquences néfastes du refus ou de l'ignorance de Dieu, tandis que ceux du cycle d'Abram illustrent les bienfaits dont bénéficie celui qui met sa foi en Dieu. 
Par ailleurs, l'attitude d'Abram face à Pharaon semble profondément choquante. Il n'hésite pas à livrer son épouse aux désirs lubriques de Pharaon. Quant à Saraï, sa docilité surprend nos mentalités modernes mais elle est en conformité avec les mentalités de l'époque. Les femmes n'ont pas droit à la parole !!.. Non seulement Abram sauve ainsi sa vie mais, de surcroît, il en retire de substantiels bénéfices « petits et gros bétails, ânes, esclaves et servantes, ânesses et chameaux (Vs 16) ». Mais, en restant vivant, il assure cependant la mission que Dieu lui a confiée. Ce qui est essentiel !!...

 

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