retour

Genèse - chapitres 13, 14 & 15 – réunion du 26 octobre 2017 (préparation)
Chapitre 13 – Abram et Loth
Largement doté par Pharaon en troupeaux et richesses diverses à sa sortie d'Égypte, Abram se voit contraint de se séparer de son neveu Loth, lui aussi généreusement pourvu de troupeaux. Une nouvelle fois, la Bible nous décrit une banale situation humaine de serviteurs qui se querellent pour défendre les intérêts de leurs maîtres. Par sa proposition de se partager le territoire pour mettre fin à ces querelles, Abram fait preuve d'un esprit pacifique et ouvert, laissant l'initiative du choix à son neveu. Mais il fait aussi preuve de sagesse, pressentant vraisemblablement que Loth opterait pour une vie facile dans une région fertile, la luxuriante vallée du Jourdain, et dans les villes de Sodome et Gomorrhe (villes purement mythiques que la tradition situerait au sud de la Mer Morte...), gardant en mémoire la promesse que Dieu lui avait faite que sa descendance hériterait du pays de Canaan (cf. Vs 12,7). La suite (la destruction de Sodome et Gomorrhe) montrera que les biens durables et vrais ne sont pas ceux qui attirent le regard et séduisent par leur attrait. La remarque du Vs 13, soulignant que ces villes étaient peuplées de « scélérats qui péchaient gravement contre le Seigneur », oppose le comportement de Loth, attiré par ces populations urbaines et pécheresses, et celui d'Abram qui opte pour la vie fruste de berger, conforme aux vœux du Seigneur, c'est-à-dire être un « juste » au sens biblique.
Le site de Béthel, où Abram et Loth se sont séparés, est une région montagneuse située à environ 10 km au nord de Jérusalem. Il offre une vue panoramique très large, y compris sur la vallée du Jourdain, ce qui fait dire à Dieu que tout ce pays que Abram peut contempler lui sera donné « pour toujours » ainsi qu'à sa descendance. Béthel est, après Jérusalem, le site le plus cité dans la Bible. De nombreux événements majeurs s'y dérouleront, dont la vision de Jacob qui va contemple des anges montant et descendant une échelle céleste (Gn chap. 28).

Chapitre 14 – Abram, les rois et Melkisédeq
Ce chapitre nous présente d'abord la lutte entre deux coalitions de rois, quatre contre cinq, qui s'affrontent au sud de la Mer Salée (la Mer Morte célèbre pour sa forte teneur en sel) et jusqu'au désert du Néguev. Une note de la TOB souligne que les noms des royaumes ne correspondent à aucun lieu connu, certains ayant plutôt un sens symbolique, comme  « Goïm » ou « Bèla ». En hébreu, goïm désigne les « peuples », les non juifs, et bèla le mal. La coalition à laquelle participaient « Bèla », Sodome et Gomorrhe est mise en déroute par celle de « Goïm » et les villes de Sodome et Gomorrhe sont pillées. Faut-il y voir le symbole que les graves péchés des populations de Sodome et Gomorrhe (que l'on peut supposer juives ?..) sont châtiés par les forces étrangères ??
Loth et ses biens faisant partie du butin emporté par les vainqueurs, Abram se révèle être un chef de guerre avisé et déterminé pour combattre les ravisseurs de son neveu (qualifié ici de frère au sens de membre proche de la famille) et ramener ce dernier « et ses biens ainsi que les femmes et les parents (Vs 16) » au sein de la communauté familiale. Abram victorieux rencontre le roi de Sodome et Melkisédeq, prêtre et roi de Salem (Jérusalem selon la tradition...). Melkisédeq intervient ici dans son rôle sacerdotal. Il bénit Abram « par le Dieu Très-Haut qui crée ciel et terre », formule qui sera reprise tout au long de la Bible, notamment dans les psaumes, et il reçoit la dîme, impôt destiné, entre autres, à l'entretien des serviteurs de Dieu. Le roi de Sodome, à qui Abram vient remettre les biens qui lui avaient été dérobés, lui propose de garder ces biens, à l'exception toutefois des « personnes », les serviteurs du roi. Reprenant la formule de bénédiction de Melkisédeq pour se référer à Dieu qu'il prend à témoin, Abram refuse de s'enrichir à partir de biens qui ne sont pas les siens mais ceux du roi, et, magnanime, laisse ses compagnons libres de leur choix.

Chapitre 15 – Dieu et Abram : promesse et alliance
Versets 1 à 6 – Le Seigneur renouvelle la promesse déjà faite au chapitre 12 : « C'est à ta descendance que je donnerai ce pays (Vs 12,7) » mais, cette fois-ci avec insistance et force détails, affirmant sans ambiguïté que « celui qui sortira de tes entrailles héritera de toi (Vs 4) » et que sa descendance sera aussi nombreuse que les étoiles du ciel. Sa femme Sara étant stérile, Abram ne comprend toujours pas comment cela pourra être possible mais, de nouveau, il « eut foi dans le Seigneur et, pour cela, le Seigneur le considéra comme juste (Vs 6) » ; être juste dans la tradition biblique voulant dire qu'on se comporte selon la volonté du Seigneur.
Versets 7 à 19 – Après s'être présenté à Abram, désormais considéré comme « juste », dans des termes qu'il reprendra avec Moïse (C'est moi qui t'ai fait sortir …), le Seigneur l'invite à se livrer à un rituel d'alliance. Par ce rituel, dont on trouve des réminiscences encore aujourd'hui dans certaines régions reculées d'Orient, les parties, en passant entre les carcasses d'animaux, reconnaissent qu'elles pourront subir le même sort que ces animaux si elles ne respectent pas les termes de l'alliance qui a été conclue. C'est donc un engagement très fort, vital !!.. Ayant plongé Abram dans une torpeur profonde, le Seigneur lui annonce d'abord que cette descendance qui lui est promise sera réduite en esclavage pendant 400 ans « dans un pays qu'elle ne possédera pas (Vs 13) » (on sait que ce sera l'Égypte) mais que lui, Abram sera enseveli auprès de ses pères après une « heureuse vieillesse » et que son peuple retrouvera la terre de Canaan après quatre générations (soit les 400 ans annoncés !..). Ensuite, la nuit étant tombée, Abram peut voir « un four fumant et une torche de feu » passer entre les carcasses d'animaux. Le « four fumant et la torche de feu » sont des signes de la présence de Dieu comme le buisson ardent le sera pour Moïse (cf. note TOB). Abram, dans sa torpeur, est dispensé de se livrer à ce rituel et le Seigneur s'engage donc seul dans cette alliance avec Abram et sa descendance. A la foi d'Abram, répond la confiance que le Seigneur met en lui !!..
Symbole d'une grande force qui nous interpelle dans notre foi et notre relation personnelle à Dieu !!..

QUELQUES  REMARQUES  FORMULÉES  EN  RÉUNION

Chapitre 13 – Abram et Loth
Le pays de Canaan, qui sert de cadre au récit biblique, désignait, dès le 3ème millénaire av . J.C, toute la région comprise entre la Méditerranée et le Jourdain, avec la Mer Morte et les villes de Jérusalem et Béthel. Hormis ce cadre géographique, les personnages et les événements relatés ici sont purement mythiques et ne correspondent à aucune réalité historique. Notamment, aucune trace n'a jamais été retrouvée ni dans les écrits historiques ni sur le terrain des villes de Sodome et Gomorrhe. Ce récit est comme un conte, dont le contenu a pour seul objectif de faire réfléchir le lecteur sur la morale qu'il véhicule dans le vécu de la vie courante. Les fables de La Fontaine reprendront le même procédé.
Dans ce récit, le personnage d'Abram va vite devenir central et, peu à peu, sa personnalité va s'enrichir en « épaisseur » humaine. Non seulement la figure du croyant s'affirme par la confiance qu'il fait au Seigneur mais, dans le récit de la séparation d'avec son neveu Loth, Abram se montre apaisant et fait preuve de sagesse en optant pour la vie fruste et équilibrée du berger. Les cinq derniers versets (Vs 14 à 18) de ce chapitre renouvellent, en la renforçant, la promesse du Seigneur à Abram, définissant la vocation qui est désormais la sienne, d'être le père d'une nation innombrable !!… La première interprétation de cette vocation réside dans la tradition hébraïque qui identifie cette « nation » au peuple juif. Mais, plus largement cette nation innombrable n'est-elle pas celle des croyants en Dieu, ainsi que le reconnaissent les trois religions monothéistes que sont les juifs, les chrétiens et les musulmans, pour qui Abram est le père des croyants.
Le partage des territoires que s'octroient Abram et Loth pose-t-elle la question de la propriété foncière ? La réponse est certainement négative, car l'objectif de ce partage est simplement d'éviter que leurs troupeaux se retrouvent en concurrence sur les mêmes pâturages. Cet épisode biblique ne fait que rapporter des pratiques ancestrales usuelles de nomadisme. La notion de propriété n'est apparue que plus tardivement, avec la sédentarisation et le regroupement des populations et avec l'appropriation de terres cultivées.

Chapitre 14 – Abram, les rois et Melkisédeq
Le récit des guerres de ces rois mythiques pose la question de savoir s'il y eut, dans l'histoire humaine, une période où les hommes ne se seraient pas battus. D'une part, on ne trouve aucune trace d'une telle période idyllique dans les écrits même les plus anciens, d'autre part, la Bible, une fois de plus fidèle reflet de la nature humaine, nous dit que les hommes se sont toujours combattus, à commencer par les deux frères Abel et Caïn. La lutte entre les hommes fait hélas partie de la nature humaine, y compris dans son expression extrême qu'est la guerre !!
La figure d'Abram se complète et la personnalité de ce berger, personnage modeste par nature, est reconnue par les grands de l'époque, le roi de Sodome et le roi et prêtre de Salem/Jérusalem, Melkisédeq. La formule de bénédiction de ce dernier est notable à double titre : 1) par sa façon de désigner « le Dieu Très-Haut qui crée ciel et terre », ce qui sous-entend qu'Il est unique, affirmation qui détonne dans un environnement culturel aux panthéons pléthoriques ; et 2) en affirmant que c'est ce « Dieu Très-Haut » qui a agi par Abram. La réaction d'Abram à la proposition du roi de Sodome est un message à l'adresse de ceux qui seraient tentés par un enrichissement facile. Abram ne dédaigne certes pas les richesses (cf. les premiers versets du chapitre 13 : « Abram était très riche en troupeaux, en argent et en or ») mais il n'accepte pas de s'enrichir davantage à partir de biens qui sont la propriété d'autrui. Peu à peu, Abram est ainsi présenté comme le modèle de l'homme « juste » aux yeux de Dieu.

Chapitre 15 – Dieu et Abram : promesse et alliance                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                
Après l'annonce inquiétante que sa descendance sera réduite en esclavage et opprimée pendant 400 ans, Dieu rassure Abram sur son propre sort : il connaîtra une « heureuse vieillesse » et qu'il aura une sépulture conforme à la tradition, auprès de ses pères et sa descendance retrouvera cette terre qui lui est promise, après que l'oppresseur aura été châtié. 
Le message apporté par la vision du « pot fumant et de la torche de feu », signes de la présence divine, passant entre les carcasses d'animaux était certainement très parlant pour les lecteurs et/ou auditeurs de culture hébraïque. Ce passage entre les carcasses devait normalement se faire conjointement par les deux parties de l'alliance ainsi scellée. L'alliance présupposant une confiance réciproque pour l'accomplissement d'un projet, le fait que Dieu accomplisse seul ce rituel signifie qu'il fait confiance à Abram pour accomplir cette mission qui lui est confiée d'être le père de la nation des croyants. Nul doute que, à travers Abram, c'est aussi à nous tous que Dieu fait confiance !!.. Savons-nous être dignes de cette confiance ??..

 

retour