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Genèse - chapitres 16, 17 & 18 – réunion du 23 novembre 2017 (préparation)
Chapitre 16 – Abram, Saraï et Ismaël
Dans cet épisode, Saraï, l'épouse stérile d'Abram invite celui-ci à « aller vers sa servante » avec ce commentaire : « peut-être que par elle j'aurai un fils (Vs 2) ». Une fois encore, la Bible se fait ici l'écho d'une pratique conforme aux coutumes en vigueur à l'époque. Une épouse stérile pouvait envoyer sa servante vers son mari afin que, par elle, lui soit donné une descendance. L'enfant ainsi né de cette union était ensuite adopté par l'épouse. (cf. note TOB). Situation ambiguë qui se traduisait souvent pas de graves tentions entre les deux femmes.
L'identité de ladite servante (esclave …) est, comme souvent, chargée de sens. Son origine égyptienne renvoie au chapitre 12 lorsque Pharaon renvoie Abram et sa femme, après avoir offert « petit et gros bétail, ânes, esclaves et servantes (Vs 12, 16) ». Elle fait donc partie des nombreux « biens » que Abram a rapportés de son exil en Égypte. Quant à son nom, Hagar, il pourrait signifier « la fugitive » ou « l'immigrée », c'est-à-dire une personne illégalement présente dans la société où elle se trouve. En donnant un fils à Abram, notable chef de clan, elle espère ainsi pouvoir regagner en dignité, d'abord au sein de la cellule familiale en s'émancipant de l'autorité de sa maîtresse Saraï. Mais cette tentative se retourne contre elle à la suite de l'intervention de Saraï auprès de son mari. Abram, soucieux de ne pas alimenter le désordre, remet Hagar « au pouvoir » de Saraï qui ne se prive pas de la maltraiter au point de la faire fuir.
L'ange du Seigneur vient la réconforter dans sa fuite dans le désert. Après lui avoir recommandé de retourner auprès de sa maîtresse et de « se plier à ses ordres (Vs 9) » (toujours le souci de ne pas créer de désordre dans la société!!), il lui annonce que son fils sera indomptable (« Véritable âne sauvage cet homme ! (Vs 12) ») et qu'il sera à l'origine de nombreux conflits (« Sa main contre tous, la main de tous contre lui (Vs 12) »). Son nom Ismaël signifie « Dieu entend », avec la connotation d'exaucer. Mais il n'est pas l'héritier annoncé par Dieu à Abram. C'est le sens que l'on peut donner à l'annonce quelque peu énigmatique : « A la face de tous ses frères il demeure (Vs 12) ». Alors que le véritable héritier à venir, Isaac, sera le père de la nation juive, Ismaël est considéré par de nombreux arabes comme étant leur ancêtre.
Chapitre 17 – L'alliance et la circoncision
Dans une nouvelle apparition (le texte biblique est très discret quant à la forme que prend cette apparition !..), où il se présente sous le nom de Shaddaï, c'est-à-dire le Tout-Puissant, Dieu renouvelle la promesse d'une descendance innombrable à Abram, dont il change le nom en Abraham, père d'une multitude, « hamon » en hébreu.
Après une première initiative d'alliance, marquée par le rituel du passage entre les carcasses d'animaux (cf chap. 15), Dieu renouvelle unilatéralement sa proposition en demandant à Abraham et ses descendants de marquer cette alliance dans leur chair. Ce sera la circoncision des prépuces des garçons. Cette pratique est toujours en vigueur dans plusieurs sociétés primitives, notamment en Afrique et en Amazonie, mais elle intervient au moment de l'adolescence comme rite initiatique des jeunes garçons à leur admission dans la société adulte. C'était vraisemblablement le cas à l'époque de l'élaboration de la Bible mais l'injonction de pratiquer la circoncision sur les nouveaux-nés, à l'âge de huit jours, en change totalement la signification : ce n'est plus un rite initiatique des hommes mais le signe que le choix de Dieu prime sur celui des humains. Cette pratique de la circoncision est toujours en vigueur chez les juifs et les musulmans. Elle a été abandonnée chez les chrétiens à la suite de la vive polémique entre Pierre et Jacques concernant le baptême des païens lors du « concile de Jérusalem », en l'an 50.
Le changement de nom de Saraï en Sara est encore profondément chargé de sens. De « ma princesse », propriété de son époux, elle devient « princesse » tout court (cf. note TOB). Par la naissance annoncée d'Isaac, elle sera désormais une partenaire à part entière de l'alliance et de la bénédiction qui lui est attachée. Abraham alors est invité à porter un regard nouveau sur son épouse car  « elle donnera naissance à des nations, des rois de peuples sortiront d'elle (Vs 16) ». Dans le plan de salut de Dieu, elle est ainsi placée au même niveau qu'Abraham par la descendance qui leur est promise.
Chapitre 18 – Abraham et Sodome
Versets 1 à 15 – Apparition à Mamré – Dès les premiers versets, l'ambiguïté est établie quant à la nature de cette apparition : au verset 1 « Le Seigneur apparut à Abraham » alors qu'au verset 2 « il aperçut trois hommes debout près de lui ». Cette ambiguïté se poursuit tout au long du récit, en alternant le pluriel (« ils », « vous », « eux ») et le singulier (« Le Seigneur » ; « tes ») pour désigner cette apparition. Les orthodoxes y voient l'évocation de la Sainte Trinité, interprétation très séduisante !!... 
Puis Abraham déploie des trésors d'attention dans l'hospitalité qu'il offre à ses visiteurs, bien au-delà de ce qu'il avait annoncé de prime abord : l'eau pour se laver les pieds et un morceau de pain (Vs. 4 et 5) deviennent un véritable festin. Cette générosité dans l'hospitalité envers les visiteurs demeure une réalité profondément vivante dans la culture orientale, même dans les milieux modestes, hospitalité que les occidentaux que nous sommes peuvent découvrir lors d'un simple voyage en touristes et dont nous pourrions avantageusement nous inspirer.
Enfin, le Seigneur annonce à Abraham et à Sara que celle-ci aura un fils avant le printemps prochain  (« au temps du renouveau (Vs 10) »). Cette annonce, qui fait suite pourtant aux diverses promesses de Dieu à Abraham, leur paraît tellement incongrue, compte tenu de leur grand âge (respectivement cent ans et quatre vingt dix ans), qu'ils ne peuvent tous deux s'empêcher de rire, détail que l'on retrouve évoqué dans le nom d'Isaac, qui veut dire « il rira » en hébreu. A cette réaction de doute, la réponse est sans appel : « Y a-t-il une chose trop prodigieuse pour le Seigneur ? (Vs 14) ».
Versets 16 à 33 – Intercession d'Abraham - Pour finir, les trois visiteurs annoncent à Abraham le but de leur voyage : vérifier la réalité du mal que l'on dit de Sodome, avec la conséquence implicite du châtiment. Abraham se lance alors dans une négociation (un marchandage !!...) où il n'hésite pas à opposer la colère légitime du Dieu justicier à la « justice » du Dieu miséricordieux qui ne peut ignorer la présence de « justes »  : « Ce serait abominable que tu agisses ainsi ! Faire mourir le juste avec le coupable (Vs 25) ». La logique est renversée : c'est la petite minorité de justes (seulement dix !!) qui sauve l'immense majorité « scélérate » de la communauté. Le Nouveau Testament ira au bout de ce retournement en affirmant que Dieu veut sauver toute l'humanité par un seul « juste », le Christ.

 

QUELQUES REMARQUES FORMULEES EN REUNION OU PAR COURRIEL

Chapitre 16 – Abram, Saraï et Ismaël
La relation de Abram avec Hagar serait qualifiée d'adultère de nos jours. Cependant, en ces temps anciens, cette relation correspondait à une pratique culturelle pour répondre à une situation de stérilité d'une épouse légitime. Aujourd'hui, on évoquerait une GPA (gestation pour autrui) ou une « mère porteuse ». Les notions de monogamie et de fidélité conjugale n'avaient pas alors la rigueur qu'elles ont acquise au fur et à mesure de la révélation biblique, jusqu'à l'enseignement de Jésus Christ qui va jusqu'à qualifier d'adultère la simple convoitise de la femme d'autrui. On retrouve là un exemple de la longue et patiente pédagogie de Dieu développée tout au long de la Bible et du déroulement de l'histoire du peuple choisi. Hormis de rares moments forts tels que la formulation des dix commandements, Dieu fait connaître sa loi et sa volonté par touches successives dans la vie d'Israël.
Hagar, l'esclave, se sent valorisée par sa relation avec le maître et par sa fécondité, marquant à ses yeux sa supériorité sur sa maîtresse stérile. Saraï, pourtant à l'origine de cette situation conflictuelle, ne le supporte pas et maltraite sa servante au point qu'elle s'enfuit. Curieusement, le Seigneur ne semble pas en tenir rigueur à Saraï et, après avoir enjoint à Hagar d'obéir à sa maîtresse, il perçoit sa détresse et la réconforte en lui annonçant que sa descendance sera innombrable et indomptable.

Chapitre 17 – L'alliance et la circoncision
La mission d'Abraham d'être le père d'une multitude (c'est le sens de la modification de son nom) va bien au-delà de la nation juive. En effet, Dieu lui annonce, par deux fois (Vs 4 et 5), qu'il sera le « père d'une multitude de nations » et que « des rois sortiront de lui ». Cette paternité ne peut pas être physique, les nations différant les unes des autres ! Elle ne peut donc être que spirituelle. Cette annonce s'est concrétisée à travers le temps puisque, de nos jours, environ 55% des presque 7 milliards d'humains se disent les héritiers de la tradition abrahamique : les chrétiens (32%), les musulmans (23%) et les juifs (0,2%).
Lorsque, 13 ans après la naissance d'Ismaël, Dieu annonce à Abraham que Sara lui donnera un fils, il ne peut le croire et se met à rire, comme en face d'une plaisanterie. Ils sont tous deux vraiment trop vieux pour pouvoir enfanter !!... Et Abraham d'émettre le souhait qu'Ismaël puisse vivre « en présence » de Dieu, c'est-à-dire dans le strict respect des préceptes divins et qu'il soit ainsi  l'héritier prolifique annoncé. Si Dieu confirme bien qu'Ismaël vivra en sa présence (« Pour Ismaël, je t'exauce (Vs 17,20) »), par contre la véritable alliance sera passée avec l'enfant de Sara dont le fils, Isaac, donnera une lignée de rois alors que celui de Hagar, Ismaël, donnera une lignée de princes, les deux étant innombrables.
On voit intervenir ici la notion de séparation (il y avait déjà eu séparation en Genèse 1). C'est avec Abraham que Dieu a établi son Alliance et c'est par Isaac, le fils de Sara, qu'il l'établit de nouveau. Il n'est plus question d'Ismaël (sauf pour préciser, au Vs 17,25, qu'il avait 13 ans quand il fut circoncis). Le signe de cette Alliance nouvelle, la circoncision, est donné par Dieu à Abraham qui est alors l'exécutant docile de l'ordre divin.

Chapitre 18 – Abraham et Sodome
Par son intercession en faveur de Sodome, pourtant présentée comme peuplée de « scélérats qui péchaient gravement contre le Seigneur (Chap. 13, Vs 13) », Abraham se révèle vraiment en médiateur entre Dieu et son peuple. Ce qui évoquerait le personnage du roi, choisi par Dieu et bénéficiaire de sa promesse, chargé par lui d'une mission qui dépasse les limites de son propre peuple.
Il est remarquable (et plein d'humour !...) qu'Abraham se présente (subtil mélange d'humilité et d'impertinence !..) comme donnant à Dieu une véritable leçon de « justice » dans l'application du droit. « Il en serait du juste comme du coupable ? Quelle abomination ! Le juge de toute la terre n'appliquerait-il pas le droit, (Vs 18,25) »
Les mots de « juste » et « justice » sont ici à prendre au sens de « juste » au regard de Dieu, c'est-à-dire conforme à ses commandements. Le texte introduit ici la notion de miséricorde divine, qui va progressivement parcourir toute la Bible, jusqu'à l'avènement du Christ, par qui le Seigneur offre le salut à toute l'humanité.
Autre point remarquable : le Dieu Tout-Puissant, « Shaddaï » tel qu'il se présentait au début du chapitre 17, se laisse interpeller par son humble créature Abraham. Celui-ci, au final, obtient gain de cause puisque le Seigneur accepte de ne pas détruire Sodome s'il y trouve seulement « dix justes ». Exemple que nous sommes appelés à suivre : n'hésitons pas à présenter en confiance nos demandes à Dieu : Il saura sans nul doute y répondre à sa manière, pas nécessairement comme nous l'attendons.

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