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Genèse - chapitres 19 & 20 – réunion du 18 janvier 2018 (préparation)
Chapitre 19
Versets 1 à 11 – Les premiers versets apportent une nouvelle illustration de l'hospitalité orientale. La nuit va tomber et Loth s'offre spontanément à héberger ces deux voyageurs, pourtant inconnus de lui. En effet, ceux-ci n'avaient eu à faire qu'à Abraham et Sara, hors de la présence de Loth (cf. ch. 18). Cette générosité de Loth contraste avec la perversité des habitants de Sodome qui veulent abuser de ces deux étrangers (« Fais les sortir vers nous pour que nous les connaissions » Vs 8 ), connaître étant à prendre au sens biblique d'avoir des rapports sexuels. C'est l'origine de l'expression « sodomiser ». Les règles de l'hospitalité vont jusqu'à pratiquement sacraliser les personnes reçues sous son toit, au point que Loth propose aux habitants de Sodome de mettre ses deux filles à leur disposition pour en faire ce qui « leur semblera bon (Vs 8) ». Pas sûr que les deux filles de Loth auraient apprécié cette compréhension de l'hospitalité paternelle !!.... Mais l'essentiel n'est-il pas de mettre en valeur qu'un hôte est sous la protection de celui qui l'accueille : « Ne faites rien à ces hommes puisqu'ils sont venus à l'ombre de mon toit (Vs 8) ». Ce qui vaut à Loth d'être à son tour menacé d'un sort pire que celui de ses hôtes, lui l'étranger qui se pose en donneur de leçons. Les deux hommes, qui étaient désignés comme des « anges » au Vs 1, interviennent alors pour mettre Loth à l'abri et exercer leur puissance surnaturelle en « frappant de cécité les gens qui étaient devant l'entrée de la maison (Vs 11) ». Le message est clair : Dieu prend la défense de ceux qui, comme Loth, se comportent selon sa « justice ».
Versets 12 à 29 – Les deux hommes reviennent à leur mission, qui est de détruire Sodome, « car elle est grande devant le Seigneur la plainte qu'elle provoque (Vs 13) », mais en épargnant Loth qui les a protégés de ses habitants, ainsi que sa famille : sa femme, ses filles et leurs futurs gendres. Ceux-ci ne le prennent pas au sérieux et ils seront détruits avec le reste de la population. Les deux anges se font de plus en plus pressants pour que Loth et sa famille s'enfuient au plus vite, sans se retourner et le plus loin possible, dans la montagne. Mais Loth ne se sent pas en mesure d'atteindre la montagne avant le lever du soleil et l'arrivée du fléau annoncé. Et, comme son oncle Abraham, il négocie et obtient « la faveur » de se réfugier dans la petite ville de Çoar, dont la racine en hébreux signifie « petite, insignifiante ». A peine a-t-il atteint son refuge qu'une pluie de soufre et de feu s'abat sur la ville, détruisant toute construction et toute vie. Enfreignant la consigne transmise par les anges, la femme de Loth ne peut résister à la curiosité et se retourne, ce qui lui vaut d'être transformée en colonne de sel. Une note de la TOB relève que la région tourmentée et sulfureuse de Djebel Usdum, au sud de la Mer Morte, où la tradition situe la ville mythique de Sodome, présente des formes curieuses qui font penser à des statues.
Versets 30 à 38 – Les filles de Loth – Cet épisode relate un double inceste caractérisé. Les deux filles de Loth, tour à tour, enivrent leur père et couchent avec lui pour lui assurer une descendance. Ce n'est pas l'infraction basique à la morale commune qui intéresse l'auteur de ces lignes, mais le fait que Loth quitte Çoar par peur (peur de quoi ??…) et se réfugie dans une caverne de la montagne, donc loin de toute société, contraignant ses filles à un tel expédient pour avoir des enfants et donc garder ouverte la porte de l'avenir. Les noms donnés aux enfants ainsi conçus indiquent que les peuples voisins d'Israël, les Moabites à l'est de la Mer Morte et les Ammonites à l'est du Jourdain, sont les proches parents des Hébreux, descendant du neveu d'Abraham. Comme pour les précédents épisodes de la Genèse, nous sommes bien en plein mythe dont l'intérêt fondamental est le message qu'il transmet. A l'opposé d'Abraham qui n'hésite pas à résider parmi les étrangers dans le pays que Dieu lui a promis, Loth, après avoir déjà opté pour le confort de la proximité des villes du Jourdain (cf. Chap.13, Vs 10-11), choisit ici la sécurité en se réfugiant dans une caverne isolée. Nous sommes loin de la hardiesse déterminée d'Abraham. Bien qu'ils lui soient apparentés, Loth et ses descendants ne seront donc pas associés à la promesse d'être à l'origine de peuples et nations innombrables bénéficiant de l'attention divine.
Chapitre 20 – Abraham et Abimélek
Ce chapitre reprend l'épisode rapporté au chapitre 12, où Abraham, entrant au pays d'Égypte, présente sa femme Sara comme étant sa sœur quand Pharaon l'enlève pour en faire une de ses nombreuses épouses, mais ici Abimélek est un roitelet d'une petite localité du Néguev, Guérar, inconnue des historiens. A l'opposé de l'épisode égyptien, Dieu intervient en songe auprès d'Abimélek pour qu'il ne commette pas ce péché d'adultère. De même cette version est moins sévère envers Abraham, tout en soulignant sa peur, puisqu'il est précisé que Sara est sa demi-sœur, fille de son père mais pas de sa mère, et qu'elle a ainsi pu devenir son épouse. Abraham ne ment donc qu'à moitié en affirmant que Sara est sa sœur ! Cette attitude frileuse d'Abraham, confirmée par les explications embarrassées de son comportement (cf. Vs 11),  souligne, à l'opposé, la grandeur d'âme d'Abimélek, le païen qui reconnaît Dieu comme « son Seigneur » en appelant à sa justice (« Ferais-tu périr une nation, même si elle est juste ? » Vs 4) et qui se défend de son innocence. Grandeur d'âme qui se manifeste aussi par les nombreux cadeaux offerts à Abraham. Dans cette intervention de Dieu, Abraham est présenté comme un prophète, non pas au sens couramment admis de celui qui annonce l'avenir mais comme celui que Dieu choisit pour parler en Son Nom et pour intercéder en faveur des autres , ce qu'avait fait Abraham pour tenter d'éviter le châtiment divin contre Sodome et Gomorrhe (chap. 18) et ce qu'il va de nouveau faire. En effet, « Abraham intercéda auprès de Dieu et Dieu guérit Abimélek, sa femme et ses servantes qui eurent des enfants (Vs 17) »

 

QUELQUES  REMARQUES  FORMULÉES  EN  RÉUNION
Chapitre 19
Versets 1 à 11 – L'hospitalité manifestée par Loth envers ces deux étrangers fait écho à celle d'Abraham lorsqu'il avait accueilli ces mêmes étrangers au chapitre 18 (Vs 1 à 9). Il va même plus loin que son oncle en offrant aux deux hommes non seulement de les nourrir mais de passer la nuit sous son toit. C'est l'expression de l'hospitalité orientale dans toute sa richesse, telle que nous pouvons encore l'expérimenter de nos jours. Mais elle se heurte ici à l'hostilité des habitants de Sodome dont il a déjà été mentionné qu'ils étaient « des scélérats qui péchaient gravement contre le Seigneur (Chap.13-Vs.13) ». Rien n'est dit de la nature de leurs péchés mais le contexte porte à penser qu'ils se situent dans le registre des mœurs dissolues. Le comportement des gens de Sodome apparaît ainsi clairement comme la conséquence d'une absence de références morales stables, notamment religieuses. Le rapprochement est fait avec l'évolution de nos sociétés modernes où, depuis près d'un siècle, se développe l'indifférence, voire l'ignorance de toute référence religieuse. Ce sont d'abord les relations sociales qui se dégradent, l'individualisme et la recherche du profit immédiat prenant de plus en plus le pas sur le souci du bien commun, évolution particulièrement visible dans les grands centres urbains mais aussi, dans une moindre mesure, en milieu rural. Comment l'Église, porteuse par nature de référence religieuse, peut-elle agir à l'encontre d'une telle évolution, alors que sa parole est de moins en moins entendue ? La réponse ne peut venir que par l'exemple, par le comportement de nous tous, « peuple de Dieu », le « corps du Christ » selon les termes de St Paul dans sa lettre aux Corinthiens, lue lors de la liturgie de dimanche dernier. Responsabilité à vivre au quotidien dans notre entourage !!..
L'hostilité des gens de Sodome se manifeste à l'encontre d'étrangers accueillis par un autre étranger, lui-même émigré dans leurs murs !!.. Cette méfiance envers l'étranger, présentée ici de façon exacerbée, reste un problème permanent jusque de nos jours, son expression prenant des formes très diverses, depuis la réticence personnelle face aux courants de migration jusqu'à l'expression politique telle que le « Brexit » de nos voisins britanniques.
Le texte nous précise clairement que les gens de Sodome sont tous là à cerner la maison, « du plus jeune au plus vieux, le peuple entier sans exception (Vs 4) ». Abraham avait intercédé auprès du Seigneur pour qu'il ne détruise pas Sodome s'il pouvait y trouver dix justes (Chap.18- Vs 32). Or il n'y en a pas un seul !!... Le Seigneur peut donc légitimement donner libre cours à sa colère. C'est ce que ces deux hommes sont venus faire.
Même en acceptant le caractère quasi sacré de la protection des personnes accueillies sous son toit, on est surpris, voire choqués que Loth mette en jeu la vie, à tout le moins la virginité de ses deux filles en compensation de la sécurité de ses deux hôtes, de surcroît en présence des futurs gendres. L'existence des hommes aurait-elle plus de valeur que celle des femmes ? Cette interrogation interpelle d'autant plus que ce sont les propres filles de Loth qui sont en cause.
Versets 12 à 29 – Alors que la plus grande partie du récit de la fuite de Loth et de sa famille mentionne les deux hommes s'empressant auprès d'eux, avec l'emploi fréquent du pluriel, soudain les versets 19 et suivants reviennent au singulier : « ton serviteur a trouvé grâce à tes yeux et tu as usé envers moi ... (Vs 19) » puis « Il lui répondit : « Vois, je te fais encore cette faveur et je ne bouleverserai pas..(Vs 21. En plus du fait que ces deux « hommes » sont de nouveau désignés comme des « anges » au Vs.15 (après une première fois au Vs.1) ce passage du pluriel au singulier suggère fortement que ces personnages sont en fait la manifestation de Dieu lui-même. Ne faut-il pas y voir le message que Dieu intervient dans nos vies de façon que nous soupçonnons généralement pas ?
On s'interroge sur ce qui a conduit la femme de Loth à se retourner, malgré l'interdiction qui en avait été donnée par les deux « hommes/anges ». Il faut reconnaître qu'un tel spectacle de soufre et de feu s'abattant sur la ville suscite la curiosité mais on serait aussi enclin à voir dans cet épisode une petite « pique » de plus des rédacteurs mâles de la Bible dénonçant la faiblesse et la curiosité des femmes !!..  Le fait qu'elle soit statufiée en une « colonne de sel » est interprété par certains comme le signe qu'elle reste cependant utile à la vie, le sel étant non seulement révélateur de goût mais aussi et surtout, selon les sources médicales, nécessaire à la fixation de l'eau dans l'organisme et donc nécessaire pour notre vie à tous.
Versets 30 à 38 – On relève que le texte biblique ne comporte aucun élément de reproche adressé aux deux filles de Loth, qui se livrent pourtant à un double inceste, unanimement rejeté par la « morale naturelle ». Mais Dieu ne condamne pas leur comportement car leurs intentions ne sont pas malsaines. Au contraire, leur préoccupation est d'assurer une « descendance issue de leur père (Vs 32) », préoccupation éminemment louable alors que tous les hommes de leur nation ont disparu, à commencer par ceux à qui elles étaient promises en mariage, et que les hommes à l'entour sont des étrangers. Façon de faire comprendre que la faute ne réside pas d'abord dans l'acte lui-même mais essentiellement dans l'intention qui le motive.
Les précisions données sur l'origine des Moabites et des Ammonites tendent à rappeler aux Israélites que ces peuples voisins, juste de l'autre côté du Jourdain, ne leur sont pas complètement étrangers puisque descendant du neveu d'Abraham. C'est un appel à l'ouverture, à la reconnaissance de ce cousinage, en contradiction de la tentation d'ostracisme du peuple d'Israël.
Chapitre 20
Le fait que le roi Abimélek ait fait enlever Sara, tout comme elle l'avait été par Pharaon au chapitre 12, semble avoir été une pratique courante.
La peur exprimée par Abraham (« Il n'y a pas la moindre crainte de Dieu en ce lieu, ils me tueront à cause de ma femme (Vs 11) ») souligne que c'est la référence religieuse qui est à l'origine de l'élaboration d'une morale sociale.
Par ses protestations d'innocence, innocence reconnue par Dieu lui-même (Vs 6), on retrouve l'idée entrevue dans l'épisode des filles de Loth selon laquelle c'est l'intention qui constitue le péché, avant l'acte en lui-même tout répréhensible qu'il puisse être.
Le dialogue entre Dieu et Abimélek est une façon imagée, teintée d'humour, pour nous dire que le Seigneur ne manque pas de s'adresser à nous, de nous parler pour nous indiquer la bonne voie à suivre. N'est-ce pas lui qui est derrière la petite voix de notre conscience qui nous souffle discrètement de faire ceci et non pas cela ??

 

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