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Genèse - chapitres 21, 22 & 23 – réunion du 15 février 2018 (préparation)
Chapitre 21
Versets 1 à 21 – Abraham avait 100 ans à la naissance d'Isaac (Vs 5) alors qu'il n'avait que ( !!...) 86 ans à la naissance d'Ismaël (Chap. 16, Vs 16), qui était donc âgé de 14 ans à la naissance de son demi-frère Isaac. Les versets 3 et 4 nous disent qu'Abraham suit fidèlement les instructions reçues de Dieu : nom donné à l'enfant qu'il circoncit à l'âge de 8 jours contrairement à la pratique courante d'une circoncision à l'adolescence comme rituel d'entrée dans le monde des adultes. Cette mention du respect fidèle des instructions divines n'est-elle pas comme une introduction au chapitre suivant et à l'acceptation insensée par Abraham du sacrifice de son fils Isaac ?...
Alors que le rire de Sara à l'annonce de sa future grossesse (Vs 18,12) manifestait son incrédulité, son rire des versets 5 à 7 exprime sa joie débordante et celle de son entourage de se voir donner un fils à Abraham malgré leur grand âge à tous deux. Nouvelle allusion au sens hébreux du nom d'Isaac : « Dieu rit ».
On est surpris par la brutalité de la réaction de Sara à l'égard de sa servante (Vs 10) alors qu'elle-même avait poussé Hagar dans les bras d'Abraham. Bien que cela ne soit pas explicitement mentionné, le contexte laisse entendre qu'Ismaël « s'amusait » avec son demi-frère tout juste sevré. C'était donc un adolescent d'une quinzaine d'années avec un enfant d'à peine deux ans. Sans que le texte ne laisse entrevoir aucune mauvaise intention de la part d'Ismaël, on comprend que Sara ait été inquiète que ce grand gaillard ne fasse du mal à son jeune fils. A cette inquiétude maternelle s'ajoute le sentiment que cet « amusement » pourrait situer Ismaël et Isaac sur le même plan dans la hiérarchie du clan, ce qui provoque la réaction de Sara : « Chasse la servante et son fils car le fils de cette servante ne doit pas hériter avec mon fils Isaac (Vs10) ». Dieu ne condamne pas cette violence de Sara, il la justifie même auprès d'Abraham, mais il va consoler Hagar qui s'est enfuie au désert avec son fils. Est-ce une réédition de sa fuite après les mauvais traitements subis de Sara alors qu'elle était enceinte (cf. Vs 16,6) ou une nouvelle version de cette fuite, dans un autre contexte mais toujours du fait de Sara ? La consolation apportée par  Dieu, en plus de la découverte d'un puits qui lui permet de survivre avec son fils, consiste à lui promettre que de son fils naîtra une grande nation. Les arabes se reconnaissent comme les descendants d'Ismaël alors que les juifs se disent les descendants d'Isaac.
Versets 22 à 34 – Abimélek, que le chapitre précédent nous avait présenté comme un homme étranger à Israël mais de bonne foi, reconnaît la puissance du Dieu d'Abraham et de son pouvoir d'intercession. Il demande à Abraham de s'engager par serment à ne pas user de ce pouvoir pour lui nuire ainsi qu'à son entourage. Cet engagement de bonne coopération est mis à mal par les serviteurs d'Abimélek qui s'accaparent l'usage d'un puits creusé par Abraham. Le puits étant source de vie en ces régions semi-désertiques, cette atteinte est très grave. Ce conflit est réglé par la conclusion d'un pacte, Abraham offrant à Abimélek sept jeunes brebis en gage de son serment et de sa bonne foi. En plantant un arbre à proximité du puits dont il a retrouvé l'usage, Abraham fait un geste inhabituel pour un nomade. Il fait de ce lieu plus qu'une étape dans ses pérégrinations de nomade mais un lieu de repos et d'accueil où il se sentira chez lui. Il accompagne ce geste lourd de symbole de l'invocation au « Seigneur, le Dieu Éternel »,
Chapitre 22
Ce chapitre ultra connu du sacrifice d'Isaac s'ouvre par un avertissement : « Après ces événements, il arriva que Dieu mit Abraham à l'épreuve ». Devant le caractère incompréhensible, voire scandaleux de la demande de Dieu (« Prends ton fils, ton unique, Isaac, que tu aimes (…) et tu l'offriras en holocauste »), par cet avertissement nous sommes prévenus que Dieu se contentera de tester la fidélité d'Abraham mais qu'il n'ira pas jusqu'au bout de son exigence. Les sacrifices d'enfants étaient courants à cette époque et cet épisode où Dieu interrompt le geste d'Abraham rappelle que la Bible proscrit énergiquement de telles pratiques (cf. 2ème Livre des Rois 16,3 et Jérémie 7,31).
Ce récit très sobre ne précise pas ce qu'Abraham ressent sur la route de Moriyya mais on peut imaginer son combat intérieur. La réponse qu'il fait à son fils (« Dieu saura voir l'agneau pour l'holocauste, mon fils (Vs 8) ») est comme un pieux mensonge à nos yeux, une pirouette pour échapper à une question embarrassante. Et pourtant, elle se réalisera !! Dans sa confiance totale à Dieu, Abraham dit vrai et trouve la vérité au-delà des évidences. 
En interrompant le geste sacrificiel d'Abraham, Dieu donne à comprendre qu'il rejette tout sacrifice humain. Dieu a fait don à l'humanité de son souffle de vie et ce souffle est sacré. Au fil des siècles, l'Église a développé cette idée forte du respect de la vie, peu à peu adoptée par de nombreuses législations nationales. L'Église est même allée récemment jusqu'à réfuter l'idée de « guerre juste » pourtant communément admise. Seul le combattant adverse, et lui seul, ne peut être tué qu'en dernière extrémité. Par contre des idéologies fallacieuses réclament de nos jours le droit à l'avortement et à l'euthanasie, c'est-à-dire le droit de tuer. On est confronté à un grave retour en arrière !!...
Chapitre 23
Ce chapitre, haut en couleur, est une illustration savoureuse de négociations à la mode orientale, où l'on fait ici assaut de générosité avant d'aboutir à un accord financier. L'usage voulait que de telles négociations se fassent en public, avec les notables du pays, à la porte de la ville. Sara, nomade comme son mari, meurt à Hébron, au pays de Canaan, hors de la terre d'élection du clan familial. Selon la culture courante à l'époque, la patrie est le pays où reposent les ancêtres. La Bible a été muette jusqu'alors sur les sépultures des ancêtres d'Abraham. Mais avec le décès de Sara, Abraham se doit d'acquérir une parcelle de terre qui deviendra une patrie familiale. De fait, à Hébron se trouve toujours ce qui est appelé le « tombeau des patriarches » où, selon la tradition, reposent Abraham, Isaac et Jacob et leurs épouses Sara, Rebecca et Léa, vénérés par les trois religions monothéistes, les juifs, les chrétiens et les musulmans. 

QUELQUES REMARQUES FORMULÉES EN RÉUNION
Chapitre 21
Versets 1 à 21 – Alors que les racines hébraïques du nom d'Isaac évoquent « Dieu rit », le nom d'Ismaël signifie « Dieu entend », en référence à l'intervention de Dieu auprès de Hagar lorsque, enceinte, elle s'était enfuie au désert (« Tu lui donneras le nom d'Ismaël car le Seigneur a perçu ta détresse (Chap.16 Vs.11) »).
Lorsque Abraham, se conformant aux injonctions de Sara comme Dieu le lui prescrit, renvoie Hagar et son fils, il les pourvoit de provisions de route, du pain et une outre d'eau. La formulation du verset 14 est très ambiguë (« Il mit l'enfant sur son épaule et la renvoya »). Cette expression est évidemment hautement symbolique car on voit mal Hagar porter sur son dos un adolescent d'une quinzaine d'années, en plus des provisions de route. Il faut plutôt y voir l'évocation du poids que représente la détresse d'une mère dont le fils innocent est banni avec elle au désert et donc voué à une mort plus que probable après épuisement de leurs maigres provisions. Cette détresse s'exprime à nouveau lorsqu'elle dépose l'enfant sous un arbuste et s'éloigne « à la distance d'une portée d'arc (Vs 16 » pour pleurer et ne pas entendre les pleurs de son fils.
Lorsque Hagar ouvre les yeux, « elle aperçut un puits avec de l'eau (Vs 19) », chose surprenante dans cette région désertique du nord du Néguev mais résultat de l'intervention divine. Pour la première fois dans le récit biblique, le puits et son eau sont présentés comme source de vie. Cette image/symbole reviendra fréquemment, y compris dans les Évangiles (cf. la rencontre de Jésus avec la Samaritaine). Plus encore que Hagar elle-même, c'est essentiellement Ismaël qui est sauvé par Dieu d'une mort certaine, « car de lui je ferai une grande nation (Vs 18) ». Il est ainsi le premier des fils d'Abraham à être sauvé. Les arabes, et à travers eux les musulmans, se considèrent comme la nation issue d'Ismaël et revendiquent la primauté du salut promis par Dieu, ignorant le message et le salut que les chrétiens reconnaissent avoir reçus de Jésus.
Versets 22 à 34 – Dans cet échange d'engagements entre Abraham et Abimélek, le puits se révèle un élément essentiel qui peut devenir source de conflits lorsque son exploitation ne se fait plus suivant les règles établies. Ici, le puits creusé par Abraham est « accaparé » par les serviteurs d'Abimélek, à l'insu de ce dernier. L'importance du préjudice ainsi subi est soulignée par le pacte conclu entre les deux hommes, pacte dont la solennité est marquée par les cadeaux offerts par Abraham. En effet, dans ces régions quasi désertiques, l'accès à l'eau est vital tant pour les hommes que pour leurs troupeaux et l'irrigation des terres cultivées. Dans notre région de montagne, où pourtant l'eau ne manque pas vraiment, son utilisation est rigoureusement réglementée, essentiellement pour l'exploitation des réseaux d'irrigation. Les exemples sont fréquents où le non respect des règles (comme pour la durée et la quantité des eaux prélevées sur les canaux) peut conduire à des affrontements parfois violents. Une nouvelle fois, ce texte de la Genèse s'avère très proche des réalités humaines, pour souligner que Dieu reste soucieux d'une existence humaine équilibrée et pour insister sur l'importance du respect des règles de la vie en collectivité.
Chapitre 22
« Prends ton fils, ton unique, Isaac, que tu aimes (Vs 2) » enjoint Dieu à Abraham. Isaac est « unique » non seulement parce que Ismaël est parti avec sa mère et qu'Isaac reste donc seul auprès de son père mais aussi et surtout parce qu'il est le fils de l'épouse légitime, détenteur de la promesse d'une descendance innombrable. Dans ces populations nomades, l'appartenance au clan était un élément majeur de cohésion de la société et il était de première importance de se situer dans une généalogie légitime.
En acceptant de sacrifier ce fils unique qui lui a été donné dans sa vieillesse, Abraham fait preuve de nouveau de la foi sans faille en ce Dieu unique auquel il a voué son existence depuis qu'il a rompu avec les multiples dieux de sa famille paternelle et qu'il a quitté son pays d'origine, Ur en Chaldée, pour aller dans ce pays inconnu que Dieu lui a indiqué. Peut-être aussi est-il influencé par la pratique courante en ces régions d'offrir en sacrifice le fils premier né, en gage d'une postérité nombreuse, comme cela lui a été promis par Dieu lui-même !!.. Abraham apparaît ainsi comme le modèle d'une confiance absolue en Dieu, même lorsque cela semble aller à l'encontre des sentiments humains les plus louables.
Le texte biblique ne précise pas l'âge d'Isaac lorsque son père reçoit l'ordre de le sacrifier mais le fait qu'Abraham lui fasse porter le bois du bûcher conduit à penser que c'est au minimum un grand adolescent doué d'une force physique déjà développée. On s'étonne donc de l'absence totale de réaction d'Isaac lorsque son père « le lia et le mit sur l'autel au-dessus des bûches (Vs 9)». Faut-il y voir l'expression de l'obéissance absolue du fils à l'égard de son père ??.. Difficile à comprendre et encore moins à accepter de nos jours !!..
Contrairement à de nombreuses représentations iconographiques, Abraham n'est pas arrêté dans son geste sacrificiel par la main de l'ange du Seigneur mais par sa parole : « Abraham, Abraham, N'étends pas la main sur le jeune homme. Ne lui fais rien (Vs 12) ». Façon de nous dire que Dieu intervient discrètement dans nos vies. A nous de savoir reconnaître ces interventions dans notre quotidien !!..
Après cette preuve de confiance, l'Ange du Seigneur renouvelle, avec une solennité accrue (« Je le jure par moi-même, oracle du Seigneur (Vs 16) »), la promesse d'une descendance aussi nombreuse que « les étoiles du ciel et le sable au bord de la mer (Vs 17) » en ajoutant que c'est au nom de sa descendance « que se béniront toutes les nations de la terre parce que tu as écouté ma voix (Vs 18) ». Annonce de la place centrale d'Abraham comme « Père des croyants » pour les trois grandes religions monothéistes que sont les juifs, les chrétiens et les musulmans, représentant près des deux tiers de l'humanité de nos jours.

 

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