retour

Genèse - chapitres 24 & 25 – réunion du 12 avril 2018 (préparation)
Chapitre 24 – Mariage d'Isaac et Rébecca
Verset 1 à 33 – Après la mort de Sara, Abraham et les siens vivaient en Canaan, pays païen, et son fils Isaac était en âge de prendre femme. Afin de conserver la pureté de la lignée du clan ayant vocation d'accomplir la promesse divine, il était exclu qu'Isaac épouse une Cananéenne. Abraham charge donc son fidèle serviteur, gérant de tous ses biens, d'aller chercher une épouse pour son fils au sein de son clan resté au pays des ancêtres. Cette mission est assortie du serment d'en respecter scrupuleusement les conditions, serment accompagné du rituel de la main glissée sous la cuisse de celui qui le reçoit. Ce geste rend le serment plus solennel puisqu'il met en jeu la force virile de l'homme concerné (cf. note TOB). Aux objections du serviteur évoquant d'éventuelles réticences de l'élue de quitter son pays et suggérant qu'Isaac aille lui-même la rejoindre, Abraham est formel : Isaac ne doit pas quitter le pays où «  le Seigneur, Dieu du ciel » l'a conduit à la suite de son père. Comme il l'a déjà montré à plusieurs reprises, il n'est pas question pour lui de transgresser les ordres divins !!...
Contrairement aux épisodes précédents de la vie d'Abraham, où il lui parlait personnellement ou par l'intermédiaire de « son ange », Dieu semble muet ici vis à vis du serviteur. Mais on comprend très vite que  les réflexions du serviteur sur la façon d'identifier la jeune élue sont d'inspiration divine. Le serviteur en a lui-même la confirmation lorsque la jeune fille qui répond à son intuition se révèle être bien du clan de son maître puisqu'elle est la petite fille de Nahor, frère d'Abraham. Et il s'empresse alors de se prosterner et de rendre grâce au Seigneur de l'avoir ainsi « conduit à la maison des frères de son maître (Vs 27) ». Il reconnaît ainsi que c'est le Seigneur qui est « à la manœuvre » dans tous ces événements.
Les cadeaux offerts à Rébecca sont fastueux et typiquement de nature orientale : près de 6 grammes d'or pour l'anneau de narine et plus de 100 grammes pour chacun des bracelets. De fait, ils sont à l'image de la richesse d'Abraham !!.. 
Lorsque Rébecca va relater auprès de sa mère ce qui vient de lui arriver, c'est son frère Laban qui prend en main la suite des opérations, s'affirmant ainsi comme le chef de famille. Ce qui laisse entendre que leur père Bétouël est décédé. D'emblée, Laban reconnaît le serviteur comme un « béni du Seigneur » et l'accueille avec un luxe d'attentions, ainsi que pour ses compagnons et ses chameaux.
Versets 34 à 49 – Le récit que fait le serviteur reprend tout ce qui vient d'être relaté, en incluant de surcroît plusieurs répétitions. On retrouve dans ce mode descriptif une influence perse (cf. note TOB) en ce sens que la conclusion est atteinte, (ici : « Le Seigneur (…) avait fidèlement conduit mon voyage afin que je prenne la nièce de mon maître pour son fils (Vs 48) ») dans une progression qui s'apparente à une approche en spirale pour atteindre son centre. Et le serviteur clôt son récit en laissant à son interlocuteur Laban le choix de répondre ou non à l'attente de son maître Abraham. 
Versets  50 à 67 – A ce récit Laban et Bétouël (ce dernier étant vraisemblablement décédé, la mention de son nom désigne plutôt « sa maison »), reconnaissent que le Seigneur est au cœur de toute cette affaire et qu'il n'ont donc pas à se prononcer. Que Rébecca reparte avec cet envoyé d'Abraham que Dieu a conduit jusqu'à eux  !!..
Dans tout cet échange, Rébecca se montre passive, acceptant néanmoins les cadeaux et n'émettant pas d'objection à partir épouser son cousin. Mais, en tant que femme à cette époque, a-t-elle vraiment son mot à dire ??.. Après les libations et la nuit passée par le serviteur et ses compagnons à la maison, Rébecca accepte de partir sans plus tarder, répondant au vœu du serviteur de ne pas attendre davantage. Les vœux de sa famille qui accompagnent son départ au Vs 60 sont remarquables par le fait qu'une descendance innombrable et glorieuse lui est souhaitée, à elle une femme, alors que cela est régulièrement réservé aux hommes (Abraham, Ismaël, Isaac, plus tard Jacob...).
La rencontre de Rébecca et d'Isaac est rapportée avec beaucoup de sobriété. A noter qu'Abraham est absent, faisant preuve une nouvelle fois d'humilité alors que cette rencontre marque l'aboutissement heureux de la mission de son serviteur. Une fois les présentations faites, Isaac fait entrer Rébecca dans la tente qui avait été celle de sa mère Sara, façon officielle et symbolique de l'accueillir comme épouse.

Chapitre 25
Versets 1 à 18 – Mort d'Abraham et sa descendance
Après la mort de Sara, Abraham prit une nouvelle femme, Qétoura, dont il eut de nombreux enfants, qui sont considérés, notamment ceux de Madian, comme les ancêtres des Arabes du nord-ouest de l'actuelle Arabie. Mais ces enfants, ainsi que ceux de ses concubines, n'ont reçu de lui que des « donations », des cadeaux, sans que leur nature soit précisée. Son héritage réel, tous ses biens, reviennent à Isaac, qui est donc désigné comme le seul fils légitime. Ismaël, le fils que Hagar l'égyptienne lui avait donné, n'apparaît même pas, fils d'une étrangère. A sa mort, Abraham fut inhumé dans le même tombeau que sa femme Sara, où seront inhumés également Isaac et Jacob, ainsi que leurs femmes, Rébecca et Léa, à Hébron, dans ce qui reconnu comme le « tombeau des patriarches » par les trois religions monothéistes.
Versets 19 à 34 – Esaü et Jacob
Comme Sara, Rébecca est elle aussi stérile et il faut l'intervention divine, à la requête de son époux Isaac, pour qu'elle devienne enceinte. Mais les deux jumeaux qu'elle porte se querellent en son sein. Contrairement à l'image que l'on se fait des jumeaux, ceux-ci sont radicalement différents : le premier-né, Esaü, est roux, velu et sera un «chasseur expérimenté » alors que son frère Jacob est raisonnable et sera sédentaire, agriculteur.
En réponse à la demande de son frère fatigué au retour de la chasse, Jacob se livre à ce qui ressemble fort à un chantage. Contre un simple plat de brouet aux lentilles, il demande à Esaü de renoncer à son droit d'aînesse. Dans ces sociétés patriarcales, le droit d'aînesse donnait au fils premier-né des prérogatives en matière d'héritage et, surtout, l'autorité familiale à la mort du père. La disproportion entre les termes de l'échange est flagrante. La facilité avec laquelle Esaü renonce à cette prérogative est significative du peu d'intérêt  qu'il porte aux valeurs familiales. Ce qui vaudra à Jacob d'être considéré parmi les patriarches d'Israël, au même titre qu'Abraham et Isaac, alors que son frère Esaü en est exclu.

 

 QUELQUES REMARQUES FORMULÉES EN RÉUNION OU PAR COURRIEL

Chapitre 24
Versets 1 à 33 – Outre la volonté que l'épouse d'Isaac soit bien du clan familial, l'interdiction formelle d'Abraham que son fils n'épouse une Cananéenne, une païenne, s'explique aussi par le risque qu'une telle union pourrait ouvrir Isaac et sa famille au culte des idoles, par « contamination », pourrait-on dire. L'importance de ce choix exclusif est marquée par la solennité du serment du serviteur envoyé en mission. Il ne doit pas favoriser le départ du futur époux vers l'élue mais au contraire s'assurer que celle-ci fait bien partie du clan.
Toute la démarche du serviteur est conduite par l'inspiration divine. Cette foi en l'élection d'Abraham et de sa famille par le Seigneur entraîne une méfiance, voire un rejet vis à vis des autres peuples. Le peuple d'Israël porte en lui le sentiment d'être le peuple souverain de toute la terre, ce qui se traduit dans toute la Bible par l'affirmation d'être le peuple élu selon la parole adressée à Moïse (« Je vous prendrai comme mon peuple à moi et, pour vous, je serai votre Dieu (Ex 6, 7) »). Ce pourrait être considéré comme une supériorité intrinsèque sur tous les autres peuples, autrement dit comme une forme de racisme qui suscitera au cours des siècles un contre-racisme source de violences extrêmes.
Le fait que le Seigneur soit « à la manœuvre » dans tous ces événements pose la question de la liberté laissée à l'homme dans ses choix et ses démarches. Mais cette liberté est bien réelle car l'homme n'est nullement contraint de suivre ces intuitions que Dieu lui souffle au creux de l'oreille. Il en est de même des suggestions que le Diable ne manque pas de faire aussi dans notre quotidien. C'est toute la grandeur de l'homme, au sein de la Création, de savoir discerner ce qui est bien de ce qui est mal, ce qui conduit ou non à une vie harmonieuse, en soi-même et en société.
Ce récit fait penser à l'Annonciation, non seulement par l'intervention de Dieu dans le cours des événements mais aussi parce que Dieu sollicite l'adhésion du serviteur (plus tard de Marie..) dans la réalisation de son projet.
Versets 50 à 67 – A cette époque, et il n'y a pas bien longtemps encore chez nous, les mariages étaient l'occasion – ou le moyen – de nouer des alliances entre familles ou entre clans, voire entre nations, pour regrouper sous une même autorité les terres possédées ou contrôlées par les communautés concernées. Dans ces mariages arrangés, la future épouse n'avait pas son mot à dire. La question posée à Rébecca ne consiste pas à lui demander si elle accepte ou non de devenir l'épouse d'Isaac mais simplement si elle veut bien partir de suite comme le souhaite le serviteur d'Abraham ou « une dizaine de jours » plus tard selon la demande de sa famille. En contrepoint de cette passivité féminine, la bénédiction de la famille de Rébecca (Vs 60) est remarquable en ce sens qu'elle la met au même rang que les hommes en lui souhaitant que « sa descendance occupe la porte de ses adversaires », c'est-à-dire qu'elle en soit vainqueur et prenne possession de leurs villes.
Les mariages ne faisaient pas l'objet, comme dans nos sociétés modernes, de formalités administratives devant des autorités religieuses et/ou civiles. Un rituel, développé au sein du clan, permettait d'officialiser l'union d'un homme et d'une femme. C'est probablement ce qu'évoque les deux gestes de Rébecca et d'Isaac au moment de leur rencontre. En se couvrant de son voile, ce qui sous-entend qu'elle ne l'avait pas fait tout au long du voyage, Rébecca signifie qu'elle réserve désormais la vue de son visage à celui dont elle va devenir l'épouse. Isaac, quant à lui, la fait entrer dans sa tente, qui avait été celle de sa mère Sara, c'est-à-dire dans l'intimité de la demeure familiale. Le dernier verset de ce chapitre nous dit que ce mariage arrangé par le Seigneur est une pleine réussite – ce qui n'avait rien d'évident – puisque « Isaac l'aima et fut réconforté après la disparition de sa mère ».

Chapitre 25
Versets 1 à 18 – En plus de la nouvelle femme, Qétoura, qu'il épousa après la mort de Sara, Abraham avait aussi des concubines suivant l'usage apparemment courant. Les noms de ses nombreux fils – les filles sont toujours ignorées – qu'elles lui ont donnés ne correspondent précisément à aucune population ou région connues, à l'exception toutefois de Madian, région située au nord-ouest de la péninsule arabique. Par contre les noms des 12 fils d'Ismaël (comme les 12 tribus d'Israël) sont de consonance arabe ce qui fait dire aux arabes qu'ils en sont les descendants.
Versets 19 à 34 – Tout semble opposer les deux frères, Esaü et Jacob. Outre le fait qu'ils se querellaient déjà dans le sein de leur mère, leur apparence et leur comportement diffèrent totalement. Esaü parcourt la campagne à la recherche de gibier, ce qui laisse supposer son indépendance, sa frugalité et son peu d'intérêt pour les affaires familiales et leurs contraintes. Jacob, au contraire, est qualifié « enfant raisonnable qui habitait sous les tentes », signifiant par là qu'il était bien socialisé.
La réplique d'Esaü au verset 32 justifiant l'abandon de son droit d'aînesse (« Voici que je vais mourir, à quoi bon mon droit d'aînesse ? ») est énigmatique. Outre le fait d'être « épuisé », ce qui est compréhensible au retour de la chasse, rien ne semble indiquer qu'Esaü soit atteint d'une quelconque maladie pouvant faire craindre pour son existence. Est-ce la conscience d'être mortel et donc destiné à mourir un jour ?? Mais c'est le lot de tout un chacun !! Ne serait-ce pas plutôt le fait que son caractère associable va le priver d'une descendance, ce qui est comme une forme de mort dans ces sociétés patriarcales ??
 

retour