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Genèse - chapitres 28 & 29 – réunion du 7 juin 2018 (préparation)
Chapitre 28 – Jacob chez Laban
Versets 1 à 9 – Bénédiction d'Isaac

« Isaac appela Jacob et le bénit ». Jacob avait déjà reçu la bénédiction de son père, en lieu et place d'Esaü son frère aîné et à la suite de l'imposture imaginée par leur mère Rébecca. Mais cette fois, la bénédiction paternelle est donnée en toute connaissance de cause. Probablement informé par Rébecca (on imagine mal, en cette société patriarcale, que le fils puisse s'écarter du cercle familial sans l'assentiment du père) Isaac comprend que son fils va quitter le pays de Canaan pour ne pas être tenté, comme son frère, de prendre femme en cette terre païenne. L'instruction est même très précise : Isaac devra épouser une de ses cousines pour garder la pureté du sang et aussi pour éviter l'éparpillement du patrimoine familial, pratique alors très courante et encore souvent en vigueur au Moyen Orient.
La bénédiction d'Isaac invoque « Dieu, Shaddaï ». Ce titre de « Shaddaï » est peu utilisé dans l'ensemble de la Bible. Sa signification est assez obscure et pourrait, selon les spécialistes, évoquer la fécondité (note TOB). C'est exactement ce que Isaac souhaite à son fils en reprenant la bénédiction qu'il avait lui-même reçue directement du Seigneur (Chap 26, Vs 24). Il souhaite que sa descendance soit « une communauté de peuples », communauté dont le point de rassemblement n'est pas de nature ethnique mais bien spirituel par la reconnaissance que le Seigneur est bien le Dieu des Hébreux supérieur à tous les autres dieux. Mais il souhaite aussi qu'il prenne possession de cette terre promise à son père Abraham.
En entendant cette bénédiction de Jacob par Isaac, Esaü comprend que son père réprouve ses mariages avec deux étrangères et, du coup, il épouse sa demi-cousine, fille d'Ismaël, le premier fils que Hagar l’Égyptienne avait donné à Abraham.
Versets 10 à 22 – Le songe de Jacob
Cet épisode ultra connu de l'échelle de Jacob, empruntée par les anges du Seigneur, est lourd de symboles. Tout d'abord, plutôt qu'une échelle classique, il vaudrait mieux lire « rampe à gradins » (cf. note TOB) par analogie avec les rampes qui permettaient de gravir les ziggourats, ces tours babyloniennes qu'on gravissait gradin par gradin jusqu'au sommet où se dressait un temple païen dédié au dieu (ou déesse) protecteur de la ville ou de la région. C'est aussi comme une référence à la tour de Babel que les hommes primitifs ont voulu bâtir pour atteindre les cieux et, ainsi, se faire les égaux des dieux, prétention que le Seigneur a contré en brouillant les langages.
Les « anges de Dieu » qui montaient et descendaient cette « échelle » sont là pour signifier la présence permanente de Dieu auprès des hommes, contrairement aux dieux païens, distants dans leur univers céleste et qu'il fallait séduire par de nombreux sacrifices, notamment humains. Cette proximité est tellement vraie que le Seigneur apparaît en songe à Jacob et lui réaffirme les promesses de prospérité faites à Abraham en concluant qu'Il restera toujours à ses côtés : « Vois ! Je suis avec toi et je te garderai partout où tu iras (Vs 15) ». Jacob comprend que ce songe est une manifestation directe du Seigneur et il érige un sanctuaire en son honneur, sous la forme traditionnelle de la stèle aspergée d'huile. La ville de Béthel (« la Maison de Dieu ») qui s'est créée à l'entour existe toujours sous le nom arabisé de Beitin, à environ 10 km au nord de Jérusalem.
Chapitre 29 – Jacob rencontre Rachel
Versets 1 à 14 – La rencontre de Jacob et Rachel
Cette rencontre est située au pays de Qédem (pays de l'est selon une racine hébraïque, et donc au nord-est d'Israël, nord-ouest de la Mésopotamie) près de la ville de Harrân, où une partie de la famille d'Abraham s'était fixée lors du grand périple vers la Terre Promise. En cette région semi désertique, l'eau est rare, donc précieuse, et l'usage des quelques puits est rigoureusement réglementée. Ces puits, sans margelle et d'un faible diamètre, sont recouverts d'une dalle naturelle destinée à éviter les chutes d'animaux ou d'enfants et, surtout éviter que son exploitation incontrôlée ne vienne à l'assécher. On attend que tous les troupeaux soient là pour organiser équitablement la distribution d'eau. Jacob ne s'embarrasse pas de pareilles considérations et, d'autorité, ouvre le puits dès l'arrivée du troupeau de sa cousine Rachel. La rencontre de Jacob avec Rachel et son père Laban est pleine de tendresse et d'émotion. L'expression de Laban pour reconnaître son étroite parenté avec Jacob (« Tu es sûrement mes os et ma chair (Vs14) ») reprend celle d'Adam en présence d'Eve.
Versets 15 à 30 – Le mariage de Jacob
Une épouse n'était pas accordée gracieusement par la famille, même lorsque les jeunes gens s'aimaient réellement. Il fallait « l'acheter », coutume courante dans l'antiquité grecque et babylonienne et qui s'est perpétuée en certaines régions d'Afrique sous forme de la dot (le prix de la fiancée), dont le montant est fonction de la notoriété de la famille. Laban reconnaît que Jacob est désargenté et lui demande de lui présenter une autre forme de dot : « Indique-moi quels seront tes gages ? (Vs 15) ». Au-delà du fait qu'elle est considérable, la durée de 7 années de travail pour avoir la possibilité d'épouser Rachel est aussi chargée de symbole,. En effet, dans la tradition biblique le nombre 7 est celui du repos, de ce qui est complet, accompli (Dieu s'est reposé le septième jour, qui est le jour du sabbat). Sept années de travail en guise de dot montrent combien l'engagement de Jacob à l'égard de Rachel est total.
Laban accepte donc que Jacob épouse Rachel mais, pour une raison traditionnelle (la cadette ne se marie pas avant son aînée....) c'est Léa, sa sœur aînée, qu'il conduit dans le lit de Jacob. Le succès de cette supercherie peut s'expliquer par le fait que la mariée, le premier jour, ne participait pas aux festivités des noces. Elle était conduite, voilée, le soir par son père vers le lit de son époux. On peut comprendre que Jacob (qui de plus devait avoir bien bu ….) n'ait reconnu Léa qu'au matin, à son réveil. Jacob se retrouve bigame à son insu et doit, de surcroît, travailler sept années supplémentaires.
Versets 31 à 35 – Les enfants de Jacob
Léa, épousée par supercherie et mal aimée, est féconde, comblée par la naissance de 4 fils, alors que Rachel épousée par amour reste stérile. On est surpris que cette situation soit voulue par le Seigneur (cf. Vs 31), qui semble ainsi approuver le jeu de tromperie mené par Léa et Laban son père.


QUELQUES REMARQUES FORMULÉES EN RÉUNION

Chapitre 28
Versets 1 à 9
– Le fait pour Esaü d'épouser une fille d'Ismaël serait-il une compensation en réaction à la désapprobation qu'il a senti chez son père après qu'il eut épousé deux étrangères ?? .. Cependant rien n'est dit des croyances (de la religion) d'Ismaël, dont la mère était égyptienne, et de son attachement au clan de son père Abraham. On peut simplement penser que c'est la référence au père qui prime, les femmes de cette époque ne jouissant d'aucune autorité.
Versets 10 à 22 – Dans la culture orientale, le songe (différent du rêve ordinaire) revêt une grande importance, considéré comme un message spirituel venu de l'au-delà. Cela est encore vrai de nos jours où des songes peuvent orienter des vocations humaines. Dans ce songe de Jacob, l'intervention du Seigneur est perçue comme la confirmation que la décision de son père (qu'il aille prendre femme auprès de son cousin Laban) est pleinement justifiée. Mais surtout Jacob reçoit la même promesse que celle qui avait été faite à son père Isaac et à son grand-père Abraham : « que sa descendance sera pareille à la poussière du sol ». Jacob est réellement leur héritier. C'est bien pourquoi le Seigneur sera, dans les trois religions monothéistes, désigné comme le dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.
Cependant Jacob n'est pas totalement convaincu par cette promesse reçue du Seigneur. Il attend des preuves pour l'adopter comme son Dieu, abandonner les idoles ou autres dieux, et se sentir redevable (la dîme.. ) envers lui de tous les biens qu'il recevra.

Chapitre 29
Versets 1 à 14
– Jacob n'est qu'un parfait inconnu au pays de son oncle. Pourtant c'est avec autorité qu'il intervient dans la distribution d'eau aux troupeaux. L'arrivée de Rachel est comme un coup de théâtre (« coup de foudre » de Jacob pour sa cousine ?...) qui bouscule toutes les conventions.
On voit dans cette succession d'événements comme la main discrète de Dieu qui guide les hommes en vue d'un objectif qui sera l'amour et l'union de Jacob et Rachel. Un peu comme la réédition de la rencontre d'Isaac et Rébecca !...
Versets 15 à 30 – Après la supercherie qui avait abouti à la bénédiction de Jacob par son père Isaac, en se faisant passer pour son frère Esaü, c'est une nouvelle tromperie qui va marquer le mariage de Jacob. Au lieu de Rachel qu'il aime et pour qui il a donné 7 années de travail chez Laban, c'est la sœur aînée Léa qu'il découvre dans son lit en se réveillant le matin. Une nouvelle fois, on constate que les récits bibliques ne sont pas des histoires chargées d'idéalisme mais sont vraiment pétries de la pâte humaine.
Versets 31 à 35 – Léa la mal-aimée se voit cependant comblée par les naissances successives de 4 fils, alors que sa sœur reste stérile. Les noms donnés à ces enfants sont chargés des sentiments ressentis par Léa : ils sont rattachés à des racines hébraïques : « voir » pour Ruben ; « percevoir », « entendre » pour Siméon, « adhérer » pour Lévi et « louer » pour Juda (cf. notes TOB). Comme dans un théâtre mythologique.
Ces premiers fils de Jacob, que Léa lui a donnés avant que Rachel ne puisse, elle aussi, enfanter, auront pour descendance quatre des douze tribus d'Israël, nom qui sera plus tard donné à Jacob.
On relève que Léa n'enfante que des fils. Même si elle a aussi donné vie à des filles, ce qui semble vraisemblable, celles-ci ne sont pas mentionnées. Dans toute l'histoire du peuple juif, les femmes n'interviennent quasiment pas, comme si leur existence était insignifiante. Rébecca est une des rares exceptions de femmes bibliques ayant eu un rôle actif.

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