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Genèse - chapitres 30 & 31 – réunion du 6 juillet 2018 (préparation)

Chapitre 30
Versets 1 à 24 – Les enfants de Jacob (suite)
Rachel était la préférée de Jacob mais restait stérile, la honte pour une femme de cette époque !!... Elle fait alors appel à une pratique apparemment courante dans la culture babylonienne : donner sa servante comme épouse à son mari, l'enfant naissant de cette union étant considéré comme l'enfant légitime de l'épouse en titre. C'est déjà ce qu'avait fait Sarah, elle aussi stérile, lorsqu'elle avait invité Abraham à coucher avec sa servante Hagar.
S'ensuit une sorte de compétition entre les deux sœurs Léa et Rachel, accessoirement par servantes interposées.
A noter que la Bible reste au plus près des réalités humaines et n'idéalise pas les rapports familiaux. Après la rivalité de Caïn et Abel, de Hagar et Sarah, d'Esaü et Jacob, voici celle des deux sœurs : laquelle aura le plus d'enfants ?..
De ces diverses unions naîtront les douze enfants de Jacob, dont une fille Dina, qui seront les ancêtres des douze tribus d'Israël (en hébreux, « Que Dieu se montre fort »), nom qui sera bientôt donné à Jacob par l'ange de Dieu (cf. chap. 32).
De même que les enfants que Léa a donnés à Jacob, le nom des enfants nés des unions avec les servantes de ses deux femmes puis de nouveau avec Léa et, enfin avec Rachel, sont significatifs de l'espoir porté par leurs mères légitimes puis repris par tout un peuple (cf. notes TOB) : Dan qui évoque le jugement (« Dieu m'a fait justice (Vs 6) ») ; Nephtali pour le « savoir faire » (« Par le savoir-faire de Dieu, j'ai su faire (Vs 8) ») ; Gad pour chance puis Asher, bonheur ; Issakar en référence aux gages que constituaient les « pommes d'amour » ; Zabulon, son sixième fils qu'elle considère comme un prince, fils de roi, et, pour finir, Joseph (« enlever » l'opprobre de Dieu).
L'épisode des « pommes d'amour » est significatif de l'ambivalence qui règne entre les deux sœurs. Alors que ces fruits aux vertus aphrodisiaques étaient destinées par Ruben à sa mère Léa, Rachel se les approprie en contrepartie de l'invitation qu'elle fait à sa sœur de passer la nuit avec Jacob. Faut-il voir dans cette manœuvre l'origine de la fécondité tardive de Rachel et de la naissance de Joseph dont le destin sera hors du commun puisqu'il deviendra l'homme le plus puissant d'Égypte après Pharaon. ?
Versets 25 à 43 – Jacob et Laban
Malgré les assauts d'amabilité pour récompenser les 20 ans que Jacob a passés au service de Laban, tous deux ne manquent pas de tricher dans l'accomplissement de leur pacte. Laban s'empresse d'écarter de son troupeau les chèvres et brebis mouchetées ou tachées alors que Jacob, par un tour de magie avec sa baguette soigneusement taillée, les multiplie dans le troupeau qu'il se constitue en marge de celui de Laban. Relevons au passage que les brebis et chèvres mouchetées ou tachées ne correspondent à aucune espèce connue. On est en plein symbole, sans grand souci de la vraisemblance !!.. De nouveau, le récit biblique fait apparaître que les hommes usent de supercherie pour accomplir le dessein de Dieu.  Ce qui n'empêchera pas Jacob de bénéficier en abondance de la grâce divine.
Chapitre 31
Versets 1 à 23 – Fuite de Jacob
A la fois par crainte des réactions de Laban et sur injonction du Seigneur de retourner au pays de ses pères, Jacob rassemble ses nombreux biens, ses femmes et ses enfants et quitte subrepticement la Mésopotamie. Dans l'explication qu'il donne à Léa et à Rachel pour justifier ce départ précipité, la version qu'il présente diffère sensiblement (évidemment à son avantage !!..) de la réalité des faits. Il n'hésite pas à attribuer son opulence au Seigneur : « Dieu a enlevé à votre père son troupeau et me l'a donné (Vs 9) ». Curieusement, selon l'auteur de ce texte, Dieu ne semble pas tenir rigueur à Jacob de cet arrangement fallacieux de la vérité !!..   
Léa et Rachel approuvent la décision de Jacob, accusant, elles aussi, Laban de malhonnêteté pour avoir dilapidé la totalité de leurs dots respectives, contrairement  à l'usage babylonien suivant lequel une partie de la dot devait revenir à la fille si elle quitte la maison paternelle pour suivre son mari. A noter que le pacte entre Laban et Jacob ne mentionnait pas de telles dots puisque Jacob était désargenté et qu'il a obtenu le droit d'épouser les filles de Laban en travaillant 20 ans à son service (7 ans pour chacune des filles plus 6 ans pour le bétail). Femme de tête, Rachel se venge du comportement de son père en lui dérobant ses idoles familiales.
Les monts de Galaad, où Laban rejoint Jacob, sa famille et tous ses biens, sont une chaîne de moyenne montagne, à l'est du Jourdain, donc le dernier obstacle avant la terre promise à Abraham et sa descendance, et donc à Jacob.
Versets 24 à 54 – Accord entre Laban et Jacob
Devant la fureur de Laban, Dieu intervient pour lui demander d'épargner Jacob, le désignant ainsi clairement comme son protégé. Laban l'araméen, c'est-à-dire le païen, reconnaît l'autorité du Dieu du père de Laban et se contente d'invectiver Jacob, lui reprochant de ne pas lui avoir permis d'embrasser ses filles et ses fils (ses petits-fils) et d'avoir dérobé ses dieux. Au premier reproche, Jacob répond avoir eu peur que Laban lui interdise de partir avec ses filles rejoindre le pays de ses pères. Quant au second, il s'en défend vivement et autorise Laban à fouiller partout pour retrouver ses idoles. Il va jusqu'à vouer à la mort le coupable de ce vol, ignorant que c'est sa bien-aimée Rachel qui en est l'auteur.
Alors qu'il a cherché en vain dans toutes les tentes du campement de Jacob, Laban est écarté de l'endroit où sont ses idoles, sur lequel Rachel est assise, celle-ci usant d'un prétexte très féminin.
Jacob est ulcéré par l'insistance de Laban et met en avant les 20 années qu'il a passées à son service en toute honnêteté, les bienfaits apportés à ses troupeaux et  supportant même les conséquences d'accidents qui ne pouvaient pas lui être imputés. A l'appui de sa déclaration d'honnêteté, Jacob invoque même le Dieu de ses pères  qui s'est manifesté à Laban en interprétant cette manifestation comme la volonté de Dieu de ne pas le « laisser partir les mains vides » .
Avec sagesse, Laban en convient et accepte que ses filles suivent Jacob dans son pays. Afin d'éviter toute confrontation ultérieure, ils conviennent de définir solennellement ce qui sera le territoire de chacun en élevant une stèle et un tas de pierres, l'équivalent de nos cairns. Et de conclure ce pacte par un banquet comme il se doit !!...

 

QUELQUES REMARQUES FORMULÉES EN RÉUNION

Chapitre 30
Versets 1 à 24
Tout ce développement dénote une profonde misogynie de la part de ses auteurs. Jacob et ses fils sont l'objet de toutes les attentions, à commencer par celles de Dieu lui-même. Les femmes qui l'entourent ( Léa, Rachel et leurs servantes) n'ont pour fonction que de donner une descendance à Jacob, essentiellement masculine, à l'exception d'une seule fille.
Les « pommes d'amour » sont assimilées aux mandragores, plantes herbacées dont les fruits et surtout les racines sont réputés pour leur vertus aphrodisiaques, voire hallucinogènes.
Ce récit rapporte également une demande d'amour intense. Léa donne de nombreux fils à son mari qui ne l'aime pas en souhaitant qu'il finisse par l'aimer. Symboliquement cela pose la question : « Que dois-je faire pour que Dieu m'aime ? » La réponse est d'être fécond(e). On relève que cette conception est toujours d'actualité dans divers milieux ultra-orthodoxes d'Israël, au point qu'une femme stérile peut être légalement répudiée. Non loin de là, en Iran et au siècle dernier, le Shah a répudié sa femme Soraya pour l'unique raison qu'elle ne lui donnait pas de descendant.
Plus largement, cette fécondité ne se situe évidemment pas dans le seul domaine biologique et concerne chacun d'entre nous dans notre vie sociale. Quelle richesse suis-je en mesure d'apporter à la société pour me faire « aimer », a minima me faire reconnaître pour ce que je suis ??..
Le Christ a apporté un changement radical sur cette question (comme sur bien d'autres...) en nous révélant que Dieu son Père aime chacun de nous en toute gratuité, même si notre conduite n'est pas vraiment en conformité avec ce qu'il attend (espère ….) de nous.
Versets 25 à 43
D'autres traductions (Bible de Jérusalem, notamment) parlent de chèvres et brebis « noires » au lieu de « mouchetées et rayées ». Dans les deux sens, il s'agit de désigner des animaux qui ne sont pas en conformité avec la blancheur usuelles de ces animaux. Cette situation « hors norme » est encore accentuée par l'usage que fait Jacob des baguettes « rayées » après en avoir partiellement enlevé l'écorce. Pratique qui relève de la magie, voire de la sorcellerie !!... Une nouvelle fois, on retrouve dans le texte biblique des éléments qui viennent de la culture babylonienne.
Les deux protagonistes, Laban et Jacob, trichent dans la réalisation de l'accord qu'ils viennent de conclure, Laban en écartant de son troupeau les bêtes « mouchetées et rayées » pour qu'elles ne lui soient pas enlevées et Jacob en les multipliant avec sa baguette « magique » afin de « regorger de biens, de posséder de nombreux troupeaux, des servantes et des serviteurs, des chameaux et des ânes (Vs 43) ». La réalisation du dessein de Dieu (Jacob porteur de sa bénédiction et de la promesse d'une descendance innombrable) passe cette fois encore par la réalité des relations humaines, loin d'un idéalisme naïf.
Chapitre 31
Versets 1 à 23
Le discours que Jacob tient aux filles de Laban, ses épouses, pour expliquer son départ précipité relève de ce que, en langage moderne, nous appelons de la propagande. De fait, l'ensemble de l'Ancien Testament, jusqu'au retour de l'exil à Babylone, est conçu comme une propagande à l'usage d'un peuple humilié mais qui se sent porteur d'un message universel. De fait, le petit peuple juif, coincé avec d'autres peuples locaux entre les puissants empires d'Égypte et de Babylone, a eu le génie de reconnaître que le monde créé était l'œuvre d'un Dieu unique et proche de l'homme, qui est l'objet d'un soin particulier puisqu'il est annoncé « créé à l'image et à la ressemblance de Dieu ». A la différence de leurs voisins contemporains, les hébreux ont développé un monothéisme porteur de valeurs fondamentales devant conduire l'humanité à une vie harmonieuse. Même si cette harmonie n'est pas atteinte, elle reste présentée comme un objectif à rechercher !!.. Toute cette histoire du peuple juif est bâtie à partir de récits mythiques des cultures environnantes qu'ils se sont réappropriés mais qui ne reposent sur aucune confirmation historique ? Par exemple l'errance du peuple juif à la sortie d'Égypte durant 40 ans dans le désert du Sinaï aurait dû laisser des traces de campement et de sépultures. Mais malgré des recherches nombreuses, les archéologues, occidentaux mais aussi israéliens, n'ont à ce jour rien trouvé.
Les « idoles » ou « dieux » que Rachel dérobe à son père étaient des pratiques courantes dans les cultures antiques. Chaque famille ou clan avait son lot de dieux attachés au bien-être de la famille et, surtout, à sa pérennité. Cette pratique existe encore de nos jours en Chine. Dérober les « idoles » familiales est donc un acte extrêmement grave (bien au-delà de la valeur marchande que représentent ces objets) puisqu'il retire à ses propriétaires le bénéfice de la protection divine, ce qui les rend particulièrement fragiles face aux risques de toutes sortes.
Versets 24 à 54  
Dans cet affrontement entre Laban et Jacob, c'est une nouvelle fois Laban le païen qui fait preuve de sagesse et qui « calme le jeu », d'abord en acceptant que ses filles partent au loin, lui laissant peu d'espoir de les revoir, et surtout en proposant à Jacob de matérialiser par une stèle et un cairn la limite de leurs territoires respectifs, ces pierres dressées ayant une portée religieuse reconnue de tous.
Annexe – Liste des 12 « fils » de Jacob : avec Léa : Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issakar, Zabulon et Dina, une fille ; avec Bilha, servante de Rachel : Dan et Nephtali ; avec Zilpa, servante de Léa : Gad et Asher ; avec Rachel : Joseph

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