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Genèse - chapitres 32 & 33 – réunion du 20 septembre 2018 (préparation)
Chapitre 32
Versets 2 à 22 – Préliminaires à la rencontre entre Jacob et Esaü
Après avoir quitté Laban, auprès de qui il avait si bien prospéré mais avec qui les relations s'étaient détériorées, Jacob s'est mis en chemin vers le pays de ses pères sur ordre de Dieu lui-même (cf. 31,3), accompagné de ses femmes, les deux sœurs Léa et Rachel, de leurs douze enfants, de ses servantes et serviteurs et de ses nombreux troupeaux. Dans son ordre de regagner le pays de ses pères, Dieu l'avait assuré : « Je serai avec toi ». Cette promesse est confirmée par le présence des « messagers de Dieu » (des « anges » comme lors du songe de l'échelle (cf. Vs 26,12 à 15)) dès que Jacob se met en chemin. Dieu manifeste ainsi qu'il reste fidèle à sa parole de l'accompagner.
Jacob sait qu'il va se trouver confronté à son frère Esaü et il envoie des serviteurs pour préparer cette rencontre « afin de trouver grâce à ses yeux (Vs 7) ». Il redoute en effet la colère de son frère à la suite des supercheries par lesquelles il avait, d'abord, acquis le droit d'aînesse d'Esaü et, ensuite, reçu la bénédiction de leur père Isaac qui sentait sa mort prochaine. Cette crainte était justifiée par les propos violents d'Esaü tenus devant leur mère Rébecca, menaçant de tuer son frère dès que leur père serait mort. L'information transmise par les serviteurs est peu rassurante : Esaü marche à la rencontre de Jacob accompagné de 400 hommes, ce qui ne laisse pas présager d'intentions bienveillantes. Effrayé, Jacob sépare sa famille et sa nombreuse suite en deux camps en pensant que « Si Esaü parvient à l'un des camps et le saccage, le camp restant pourra s'échapper (Vs 9) ». Surtout, en plus de ces mesures de précaution, il s'adresse à Dieu dans une supplication véhémente par laquelle il implore d'abord la protection divine en reconnaissant sa faiblesse devant les bienfaits de Dieu qui, du fuyard solitaire qui se réfugiait en Mésopotamie auprès de son oncle Laban, a fait de lui un homme puissant à la tête de grandes richesses : « Car je n'avais passé le Jourdain qu'avec mon seul bâton et maintenant je forme deux camps (Vs 11) ». Ensuite, il rappelle à Dieu sa promesse d'une « descendance comme le sable de la mer qu'on ne peut compter tant il y en a (Vs 13) ». Cette promesse ne pourra en effet se matérialiser que s'il reste en vie, ainsi que ses  femmes et ses enfants.
On note dans cette prière de Jacob une des caractéristiques fondamentales de la relation du peuple juif à son Dieu, que l'on retrouve dans le christianisme, à l'image de Jésus s'adressant à son Père : Dieu n'est pas un être lointain mais il est proche de l'homme, qu'il a créé à son image. Ce qui permet à l'homme de s'adresser à lui en confiance, sachant qu'il sera écouté et exaucé si sa demande est fondée dans la foi.
Jacob répartit ses 550 bêtes en cinq troupeaux (les chèvres et boucs, les brebis et béliers, les vaches et taureaux, les chamelles et les ânesses) et donne ses consignes aux serviteurs qui conduisent chacun des troupeaux en vue de leur rencontre avec Esaü. Elles sont caractéristiques des démarches de marchandage en Orient, toujours de pratique courante. Le quémandeur, ici Jacob, doit faire preuve d'humilité (teintée d'obséquiosité...) et de générosité pour obtenir l'attention bienveillante de son interlocuteur : « (C'est de) ton serviteur Jacob. C'est un présent qu'il envoie à mon seigneur Esaü et lui-même vient derrière nous (Vs 19) ». C'est exactement ce que révèlent les réflexions de Jacob au verset 21 : « J'adoucirai son humeur en me faisant précéder de ce présent... »
Versets 23 à 33 - Le passage du Yabboq
Ce célèbre récit de la lutte de Jacob avec « un homme » est porteur de nombreux messages symboliques. Tout d'abord cet « homme » est identifié par Jacob comme étant Dieu lui-même : « J'ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauve (Vs 31) ». Ensuite, la rencontre avec Dieu, que Jacob avait interpellé dans sa prière, peut être violente, ce que confirme l'expérience de divers mystiques : on ne sort jamais indemne d'un face à face avec Dieu. Enfin, cette confrontation ne se traduit pas par l'anéantissement de l'homme mais par la révélation de sa mission : contrairement aux attributs des dieux païens à l'entour, le Dieu de Jacob n'est pas un dieu intransigeant, sévère, allergique au bonheur de l'homme. Ce Dieu de puissance est source de vie. Jésus complétera en disant qu'il est source d'amour.
Dans la tradition antique et notamment biblique, le nom exprime la fonction de celui qui le porte, sa vocation, sa destinée (cf . Note TOB). Jacob/Israël ressort boiteux de cette confrontation mais le nouveau nom qu'il reçoit ainsi que la bénédiction de son interlocuteur en font le porteur du message qui sera véhiculé par le peuple issu de sa descendance, Israël signifiant « Que Dieu se montre fort ». A comprendre comme la mission de ce peuple de proclamer auprès des nations l'identité de ce Dieu dont il se réclame et dont la « force » en fait le premier de toutes les divinités, avant qu'il ne soit annoncé comme l'unique.

Chapitre 33
Versets 1 à 17 – La rencontre de Jacob avec Esaü
A l'approche d'Esaü et de ses 400 hommes, Jacob multiplie les gestes d'humilité et de soumission à l'égard de son frère. En précisant que Jacob « se prosterna sept fois à terre jusqu'à ce qu'il se fut approché de son frère  (Vs 3) » l'auteur fait référence à deux symboles forts : le chiffre 7 invoque la perfection (l'humilité de Jacob est authentique, parfaite) et ces prosternations d'approche rappellent celles exigées devant un souverain (Jacob se positionne ainsi clairement vis à vis de son frère). En répartissant savamment ses deux femmes, les deux servantes et les douze enfants, Jacob les associe à sa démarche tout en montrant à son frère qu'il est devenu un homme comblé de richesses. Contrairement à ses craintes, Esaü ne montre pas d'hostilité mais se précipite vers lui pour l'embrasser en pleurs. Les offenses antérieures sont pardonnées. L'ordre est important dans lequel la famille de Jacob est présentée : d'abord les servantes et leurs enfants, puis Léa et ses enfants, enfin Rachel et son fils Joseph, qui est le seul de tous les enfants à être nommé, signe prémonitoire de son importance à venir dans l'histoire des enfants de Jacob/Israël.
Les deux frères se livrent ensuite à un assaut d'amabilités dans la présentation des cadeaux de Jacob, celui-ci attribuant de nouveau à Dieu tous ses biens, dans la continuité de la prière du chapitre précédent (Vs 32,11 à 13). Mais curieusement, lorsque Esaü lui propose de cheminer avec lui, Jacob décline sous un prétexte quelque peu fallacieux, comme s'il nourrissait encore quelque méfiance à l'égard de son frère. Une fois de plus le texte biblique ne voile pas les faiblesses de la nature humaine, même chez les plus emblématiques des personnages. 

QUELQUES  REMARQUES  FORMULÉES  EN  RÉUNION OU PAR COURRIEL

Chapitre 32
Versets 2 à 22 – Préliminaires à la rencontre entre Jacob et Esaü
En chemin vers le pays de ses pères, Jacob est l'objet d'une vision : « Des messagers de Dieu survinrent (Vs 2) ». Des esprits rationalistes considèrent que de telles « visions » surviennent sous l'effet de produits hallucinogènes comme certaines plantes que les bergers pouvaient consommer dans leurs pérégrinations. Pourtant rien de permet de penser que Jacob dans le récit biblique était sous l'emprise de produits hallucinogènes ou, pour ne prendre que des exemples contemporains, Bernadette Soubirous à Lourdes ou Benoîte Rencurel au Laus lors des apparitions de la Vierge Marie !...  De telles affirmations ne sont que le fait d'esprits chagrins qui réfutent systématiquement la réalité d'événements à caractère mystique, c'est-à-dire en relation directe avec une manifestation divine. De fait, ces visions sont un des moyens que Dieu, de tous temps, a adopté pour manifester sa présence dans notre humanité ou délivrer un message. Dans le cas de Jacob, la présence de ces « messagers » ou « anges » ou Dieu lui-même comme Jacob le reconnaîtra (« C'est un camp de Dieu (Vs 3) ») lui confirme que Dieu reste à ses côtés comme promis lors d'un voyage qui pourrait se révéler périlleux du fait de sa rencontre plus que probable avec son frère Esaü.
Le décompte des 550 bêtes en cinq troupeaux, prélevées « sur les bêtes dont il disposait (Vs 14 à 16) » ne doit pas être pris au « pied de la lettre » mais comme l'indication de l'importance de ce qu'il possède pour être en mesure de prélever 550 têtes de bétail de toutes sortes pour les offrir à son frère. Le pauvre hère qu'il était lorsqu'il traversait le Jourdain avec son seul bâton, fuyant la colère de son frère Esaü sur les conseils de leur mère Rébecca, est devenu un homme très riche auprès de son oncle Laban, dont il a épousé les deux filles Léa et Rachel.
Versets 23 à 33 – Le passage du Yabboq
Les religions monothéistes héritières du judaïsme (le christianisme et l'islam) se sont répandues parmi l'ensemble de l'humanité. Cependant, des régions entières, en Asie et en Afrique notamment, restent polythéistes avec une prévalence de multiples dieux domestiques alors que certaines religions monothéistes, comme le zoroastrisme ou le yézidisme, gardent un développement très limité souvent à caractère ethnique. A noter le phénomène moderne d'un athéisme de masse, tout particulièrement en Occident, phénomène impensable dans les temps anciens !...
La croyance générale, chez les juifs comme dans les autres religions antiques, était qu'on ne pouvait voir Dieu sans mourir. C'est pourquoi Moïse se voilera la face lors de l'épisode du buisson ardent : « Moïse se voilà la face car il craignait de regarder Dieu (Ex. 3,6) ». Jacob reconnaît qu'il jouit d'une faveur particulière en s'écriant : « J'ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauve (Vs 31) ».
Dans sa lutte avec « l'homme » mystérieux (en qui Jacob reconnaît Dieu), Jacob reçoit un coup « à la courbe du fémur (Vs 26) » c'est-à-dire en haut de la cuisse, au plus près de l'aine. L'auteur biblique nous précise que « les fils d'Israël » s'abstiennent de manger cette partie du corps. De fait, cela fait toujours partie des nombreux interdits alimentaires auxquels les juifs sont astreints, même pour les animaux dont la consommation est licite, ceux qui n'ont pas les pieds fendus. 

Chapitre 33
Versets 1 à 17 - La rencontre de  Jacob avec Esaü
Cette rencontre, chargée d'émotions, fait penser à la parabole évangélique de l'enfant prodigue, les rancunes passées étant balayées par l'affection familiale lors des retrouvailles après une séparation conflictuelle.
Cet épisode fait apparaître la grande sensibilité de la personnalité d'Esaü. Alors qu'il avait menacé de tuer son frère, c'est l'émotion des retrouvailles après vingt ans d'éloignement qui l'emporte et qui le pousse spontanément vers Jacob pour l'embrasser.
Malgré les manifestations d'affection, en paroles et par l'offrande d'un troupeau important, la méfiance persistante  de Jacob à l'égard de son frère se manifeste d'abord lorsqu'il décline de cheminer avec lui.  Ensuite, contrairement à sa promesse de rejoindre Esaü à Seïr, il s'arrête à Soukkoth pour y bâtir une maison et des huttes pour ses troupeaux. Jacob ne reverra jamais son frère Esaü.
Versets 18 à 20 – Jacob en Canaan
Sichem, où Jacob s'installe après y avoir acheté un lopin de terre, est située à environ 65 km au nord de Jérusalem et deviendra plus tard la capitale du royaume d'Israël après la séparation  d'avec le royaume de Juda.
Pour la première fois, Jacob se désigne ici sous le nom d'Israël, ce nom chargé de sens que lui a donné Dieu..

 

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