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Genèse - chapitres 34 & 35 – réunion du 18 octobre 2018 (préparation)

Chapitre 34 – Violences à Sichem
Versets 1 à 10 – Suivant une pratique courante, la ville où se déroule cet épisode, située au nord de Jérusalem, porte le nom de son souverain : Sichem. En sortant de son entourage direct pour aller y retrouver des jeunes filles qui ne sont pas de son clan, Dina, la fille de Jacob, prend le risque de mauvaises rencontres. De tels risques deviendront plus tard, dans le Deutéronome (cf. Dt 7,1-10), la justification de l'interdiction pour les juifs de se mêler à la population païenne, risques auxquels s'ajoute aussi et surtout la crainte que la foi en « El », le Dieu d'Israël, ne soit contaminée par le culte des idoles païennes.
Et c'est de fait ce qui arrive puisque le fils du roi local fait enlever Dina et la viole. Cette relation violente née du désir physique se mue en une relation amoureuse partagée (« il se prit d'amour pour la jeune fille et regagna sa confiance (Vs 3) ») ce qui conduit Sichem à demander à son père Hamor de lui donner « cette enfant pour femme » ; un tel mariage aurait pour conséquence de mettre la fille de Jacob/Israël au cœur des dévotions païennes.
Devant la colère des fils de Jacob, « outragés »  de la souillure de leur sœur, Sichem tente de négocier en leur proposant de s'installer au pays avec leurs familles et leurs troupeaux, de s'y conduire comme chez eux en particulier en épousant des filles du pays et en offrant leurs filles comme épouses aux hommes du pays. Ainsi la conduite de Sichem serait régularisée en devenant la norme des relations entre les fils de Jacob et les habitants de Canaan. A noter, dans tout cet échange, que l'avis des femmes n'est en rien sollicité : elles sont à la disposition des hommes: « vous nous donnerez vos filles et vous prendrez pour vous les nôtres (Vs 9) », sous réserve, bien entendu, que l'honneur du clan soit respecté.
Versets 11 à 24 – La proposition de Sichem est généreuse pour avoir Dina comme épouse : il payera sans discuter ce que ses frères exigeront, en « dot » versée à la famille et en « donation » en capital à la future épouse. Mais la réponse des frères de Dina à Sichem et à Hamor son père se situe dans un tout autre registre : pour permettre l'assimilation proposée par Sichem, être un seul peuple, eux-mêmes et tous les « mâles » de leur peuple devront accepter la même marque qu'Abraham, Isaac et Jacob, c'est-à-dire être circoncis, faisant ainsi de la circoncision le signe distinctif de leur peuple. A noter que l'auteur précise que la proposition des fils de Jacob est faite « Non sans fraude (Vs 13) », laissant entendre qu'elle n'est pas sincère mais cache une arrière-pensée.
Hamor et son fils Sichem donnent leur accord et vont s'en expliquer auprès des anciens réunis à la porte de la ville, lieu traditionnel des décisions concernant l'avenir de la communauté. Sichem « était des plus influents dans la maison de son père (Vs 19) » ; avec son père, il convainc sans peine les anciens en faisant miroiter tous les avantages matériels et sociétaux résultant de cet accord. Et ceux-ci acceptent que tous les mâles soient circoncis, apparemment dans les heures qui suivent.
Versets 25 à 31 – L'arrière pensée évoquée au verset 13 ne tarde pas à se réaliser. Devant l'affaiblissement des hommes juste après leur circoncision, deux des frères de Dina, Siméon et Lévi, partent à l'assaut de la ville y massacrant tous les mâles, à commencer par Sichem et son père Hamor, et prenant en butin tous les biens et les troupeaux, avec les femmes et les enfants. Une nouvelle fois, l'auteur de ce récit ne s'embarrasse pas de réalisme : comment, en effet, croire que deux seuls hommes puissent commettre pareils forfaits sans rencontrer la moindre résistance. Le prétexte de l'affaiblissement des hommes trois jours après leur circoncision n'est guère tenable !!... Le message à faire passer, au-delà de toute vraisemblance, est que Siméon et Lévi agissent en justiciers pour venger la souillure de leur sœur (cf. Vs 27) et qu'ils bénéficient du soutien du Dieu de leurs pères. Devant l'inquiétude de Jacob qu'ils aient à subir les représailles des habitants du pays, Cananéens et  Perizites, la réponse de Siméon et Lévi (« Devrait-on traiter notre sœur en prostituée ?? (Vs 31) ») se réfère à la morale (à la loi, ??...) la mettant ainsi au-dessus de toute autre considération.
Chapitre 35 – De Sichem à Mamré
Versets 1 à 8 – Dieu intervient une nouvelle fois auprès de Jacob pour lui dire de quitter Sichem, terre païenne, et de se rendre à Béthel (dont le nom signifie « Maison de Dieu »), où Abraham avait reçu du Seigneur la possession des terres à l'entour et où Jacob avait eu le songe des anges sur une échelle. Avant de quitter Sichem, Jacob comprend qu'il doit se débarrasser de tout ce qui ne correspond pas au culte rendu au Dieu « qui a répondu au jour de (sa) détresse (Vs 3) ». Sur son ordre, toute sa maisonnée rassemble les figurines des dieux domestiques, certaines sous forme de pendentifs d'oreilles, et Jacob les enfouit sous le térébinthe (arbre de grande taille de la famille des pistachiers) avant de prendre la route. Et Dieu protège leur départ des représailles craintes par Jacob en semant « la terreur dans les villes des environs (Vs 5) ». Arrivé au lieu prescrit, Jacob ne manque pas d'élever un autel en l'honneur de ce Dieu qui l'accompagne.
La mention du décès de la nourrice de Rébecca, Débora, (mentionnée seulement au verset 24,59 comme ayant accompagné Rébecca quand elle décida de suivre Laban) est surprenante !!.. Peut-être faut-il percevoir cette mention comme l'indication du passage d'une ère ancienne à une ère nouvelle, d'un vaste polythéisme à un monothéisme rigoureux, symbolisé par l'épisode, au chapitre précédent, de l'enfouissement des idoles sous le térébinthe.
Versets 9 à 29 – Dieu se manifeste de nouveau auprès de Jacob pour le bénir et lui donner un nouveau nom. Cet épisode est comme une doublure de celui de la lutte de Jacob lors de la traversée du Jourdain. Mais cette fois, tout se passe sereinement, avec comme une pointe d'affection.... Avec ce nouveau nom d'Israël (« Que Dieu se montre fort ») la mission de Jacob/Israël est clairement définie : être à l'origine d'une nation, et même d'une « assemblée de nations » et régner sur le pays donné à Abraham et Isaac. Dans son intervention, Dieu se nomme lui-même « Je suis Dieu, Shaddaï » c'est-à-dire le Tout-Puissant, dénomination qui n'apparaît que rarement dans la Bible.
Comme cela arrive encore fréquemment en de nombreux pays, Rachel, la bien-aimée de Jacob, meurt en donnant naissance à son deuxième fils Benjamin, nom donné par son père et qui signifie « Fils de la droite », le côté droit étant considéré comme bénéfique en opposition avec le côté gauche. Ne dit-on pas de quelqu'un qu'il est gauche pour exprimer sa maladresse !!..
Le texte énumère les noms des douze fils de Jacob/Israël, qui seront les ancêtres des douze tribus peuplant le pays donné en héritage par Dieu. A noter que cette énumération ignore le nom de  Dina, sœur de Joseph, au cœur du chapitre précédent, Benjamin occupant cette place de deuxième enfant de Rachel.
De retour à Mamré, Jacob y retrouve son père Isaac qui va mourir et sera inhumé à Hébron auprès d'Abraham et Sara, dans ce qui est aujourd'hui encore appelé le tombeau des patriarches.

 

 

QUELQUES REMARQUES EXPRIMÉES EN RÉUNION

Chapitre 34 – Violences à Sichem
Versets 1 à 10 – Le viol de Dina atteint l'honneur de tout le clan familial. Ses frères sont décidés à venger un tel « outrage » par la mise à mort de l'auteur de cet acte, sans considération apparente sur ce qu'a pu ressentir la jeune femme. De telles pratiques sont encore en vigueur de nos jours, dans diverses sociétés très soucieuses des valeurs communautaires, telles que les musulmans (y compris en France) ou les hindous. C'est ce qu'on dénomme sous l'expression « crime d'honneur ».
Versets 11 à 24 -  La générosité des propositions de Sichem, confirmées par son père Hamor, révèle les sentiments d'un homme amoureux fou de la jeune Dina. Il est prêt à tout pour pouvoir l'épouser !!..
La demande des fils de Jacob que Sichem et tous les « mâles » de son peuple soient circoncis n'est accompagnée d'aucune autre considération quant à la foi en ce Dieu qui s'est manifesté à Jacob et ses pères Abraham et Isaac. C'est un acte purement factuel par lequel ils seront reconnus comme appartenant à ce même peuple. Pendant longtemps, la circoncision fut le signe distinctif de l'appartenance au « peuple élu », de « l'alliance » passée entre Dieu et son peuple. Elle fut à l'origine d'âpres discussions au sein de la jeune communauté chrétienne, particulièrement entre Pierre et Paul, et ne fut abandonnée que par la persuasion de Paul dans sa démarche missionnaire vers les nations païennes.
On fait le rapprochement avec la pratique dans nos sociétés des cérémonies du baptême et du mariage. Le côté sacramentel est souvent oublié pour ne conserver que le côté festif, purement social, de ces célébrations. Le mariage à l'église a autrement plus de faste que le mariage à la mairie !!.. Ce qui fait dire à certains, dont notre pape François, que de nombreux mariages sont frappés de nullité sacramentelle du fait que au moins un des époux n'ait pas conscience de la nature religieuse de l'événement, qui l'engage certes vis-à-vis du conjoint mais aussi vis-à-vis de Dieu qui est convié à bénir cette union. Et ce qui peut certainement poser un cas de conscience au prêtre sollicité pour célébrer « religieusement » de tels mariages. Dans quelle mesure pourrait-il s'y opposer sans créer un scandale ??.. L'Église catholique essaye de remédier à cette situation en demandant aux futurs époux de participer à des rencontres de préparation au mariage chrétien, de même avec les parents pour la préparation au baptême. Il s'agit là d'un progrès certain mais est-ce suffisant ??..
La faute de Sichem rejaillit sur tout son peuple. Ce qui conduit son père Hamor et lui-même à proposer des mesures de « réparation » à la famille de Dina. Ce côté communautaire de la responsabilité a largement disparu de nos sociétés par l'évolution de plus en plus grande de l'individualisme, tout particulièrement dans nos sociétés occidentales.
Versets 25 à 31 – Siméon et Lévi, les frères de Dina, ne se contentent pas de tuer Sichem et son père Hamor pour venger « l'outrage » subi par leur sœur, mais ils font une véritable razzia sur tous leurs biens, capturant « femmes et enfants » au même titre que « tout ce qui était à la maison (Vs 29) ». Dans cette opération de représailles, les « femmes et les enfants » font partie du butin et sont considérés comme « le petit et le gros bétail, les ânes (Vs 28) » de la « maison », pris au sens de « maisonnée ».
Alors que Dieu s'était manifesté à plusieurs reprises auprès de Jacob, on s'étonne de son absence totale de réaction devant des actes qui choquent notre conscience moderne, manifestement marquée par l'enseignement du Christ.
Jacob, dont les réactions sont moins passionnelles que celles de ses fils, craint à juste titre les représailles des communautés des membres de la « maisonnée » de Hamor et Sichem. La réponse de ses fils n'a rien de rassurant !!.. Elle viendra de Dieu lui-même lorsqu'il sèmera « la terreur dans les villes des environs (Vs 35, 5) »

Chapitre 35 – De Sichem à Mamré
Versets 1 à 8 – L'ordre donné par Jacob à sa « maison » de se purifier et de changer de vêtements (Vs 2) est un appel à changer radicalement de vie, à abandonner les cultes rendus aux dieux païens pour se retourner vers le Dieu de leurs pères Abraham et Isaac. Ces cultes païens étaient notamment rendus aux dieux familiaux, présents dans les bijoux portés par les femmes. En enfouissant ces figurines sous le térébinthe, Jacob tourne symboliquement la page de ces pratiques. Ces breloques objets de dévotion ont heureusement disparu de nos sociétés mais combien d'autres choses ne sont-elles pas devenues au cœur de nos attentions, pour notre plaisir ou notre confort personnel, sans trop d'égard pour le bien général, comme notre environnement naturel.

 

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